NetSuds, Cahiers sur les enjeux des technologies de la communication dans les suds

Le projet d’appui au désenclavement numérique
Quelle viabilité ?

Annie Chéneau-Loquay
mai 2011

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Texte intégral   

1ADEN, projet d’appui au désenclavement numérique du Ministère français des affaires étrangères (MAE) mis en œuvre à partir de 2006 est l’un des derniers nés des projets d’accès communautaire à Internet mis en œuvre en Afrique par les bailleurs de fonds internationaux. ADEN concerne l’appui à la création de 60 points d’accès publics mutualisés à Internet dans les pays de la zone dite de solidarité prioritaire. Le programme d’un montant de 6 millions d’euros (6 041 400 €) a été prévu pour une durée de trois ans dont deux pour le financement des centres. On est typiquement dans une approche projet de bailleurs de fonds extérieurs avec un montant important pour une courte durée.

2Cet article s’appuie sur une évaluation de ce projet à mi-parcours1 replacée dans le contexte historique de ce genre de programmes et sur la littérature abondante qui y est consacrée. ADEN a-t-il tiré les leçons des expériences antérieures, quel est l’intérêt de telles interventions extérieures aujourd’hui, ces centres sont-ils viables, peuvent ils se pérenniser et comment ? Cet ensemble de questions est abordé en trois phases : - une revue de l’essentiel de la littérature, - une analyse du mode de fonctionnement des centres ADEN en Guinée, au Burkina Faso et en RDC et une approche des usages constatés - une réflexion concernant les perspectives de ces accès « communautaire » et de l’accès public en général face aux problèmes rencontrés et à la montée en puissance d’Internet sur téléphone mobile.

Le contexte historique et idéologique

3Une revue de la littérature montre qu’il existe une abondance d’études en anglais ayant trait à cette question des « télécentres », sur l’Amérique Latine, l’Asie, (Inde, Philippines), le Canada, l’Australie et quelques travaux à propos de l’Afrique2.

Le « télécentre », une vision humanitaire militante

4Le terme de « telecentre » en anglais est un terme générique pour toutes sortes de combinaisons : – kiosques d’informations, centres villageois de la connaissance, etc. qui cherchent à fournir un accès partagé et médiatisé à l’information et à des services en utilisant les nouvelles technologies, spécialement des ordinateurs et Internet. Bien que l’objectif de base du déploiement de télécentres ait toujours été de développer les capacités humaines et d’encourager le développement social et économique en réduisant la « fracture numérique », l’accent a été mis d’abord surtout sur le partage de l’accès, puis la notion de télécentre a évolué avec une meilleure compréhension de la relation entre les TIC et le développement – on est passé en quelques années d’un point de vue purement technico-économique à une intégration de la technologie dans l’environnement local, économique, politique, institutionnel et socioculturel. Les télécentres ont commencé à être communément conceptualisés comme un lieu de « partage d’installations publiques qui fournissent de l’information et des services de communication aux personnes qui, pour diverses raisons, ne les ont pas à disposition individuellement » (Colle et Roman 2001 p 3).

5On reconnaissait que la fourniture de la technologie, en soi ne pouvait apporter aucun changement si elle ne répondait pas à un réel besoin de la population et n’était pas accompagnée par un soutien au niveau de l’infrastructure physique et sociale.

6Les premières formes de télécentres ont été établies au cours des années 1980 dans les pays développés. Selon Olivier Sagna (article p 27) c’est « en Scandinavie que le premier “ télécottage “a été expérimenté, en 1985, dans le village de Vemdalen (Suède). Leur but premier était de surmonter l’éloignement des collectivités rurales et isolées, souvent caractérisées par un faible pouvoir d’achat et la mauvaise qualité de l’infrastructure de télécommunication. Les télécentres ont permis la participation des communautés à la nouvelle économie de l’information (Oestmann et Dymond, 2001, p 2).

7L’acceptation des télécentres en tant que stratégie de développement par les grandes agences internationales et les organismes est attribuée à un « mouvement des télécentres » qui serait né au cours des années quatre-vingt-dix en Hongrie. Après l’effondrement de la centralisation politique et économique, plus de 150 télécottages ont été créés dans tout le pays dans le cadre d’un programme de développement financé par l’USAID pour construire la gouvernance locale (Mukerji 2008).

8Depuis, de nombreux programmes d’accès aux nouvelles technologies ont été lancés par divers organismes internationaux dans les pays en développement. « Le mouvement des télécentres » est ainsi appelé parce que plusieurs projets ont été mis à l’essai simultanément dans différentes parties du monde, apparemment sans liens entre eux. Ce mouvement est :

« l’aboutissement du travail de milliers de personnes qui se sont impliquées et ont préconisé une vision “locale “ ou “par le bas“ allant à l’encontre d’approches plus “descendantes“ “top down“ du développement. Le mouvement Telecentre est décrit comme un “mécanisme de développement mature“ et un moyen de mise en œuvre d’une judicieuse stratégie de développement en situation de ressources limitées des pays en développement et des zones marginales » (APDIP 2007a, p. 1).

9Le terme « mouvement » est juste si l’on considère que le développement des accès publics s’est accompagné d’un véritable militantisme de la société civile avec une idéologie de type « communautariste ».

10On peut distinguer deux grands types d’approches théoriques de la relation technologies de la communication et développement à propos des télécentres :

11- Les organisations internationales et les ONG ont joué un rôle essentiel dans la production d’un discours à caractère militant, sur le lien naturel entre TIC et développement où on retrouve la théorie classique du progrès technique vu comme moteur du progrès social, avec en outre la connotation humanitaire et condescendante en vigueur aujourd’hui qui a remplacé l’approche développementaliste précédente. Cette pensée « pro poor » a évolué entre une utopie techniciste qui a préconisé dans les années quatre-vingt-dix le « saut technologique » pour rattraper le retard et brûler les étapes puis « la réduction du fossé numérique », notion fourre-tout, à géométrie variable qui a pour intérêt de mettre l’accent sur les inégalités de différents ordres, sociales, économiques, géographiques… et qui propose un classement des pays les uns par rapport aux autres en fonction de critères déterminés par les experts du Nord et qui sont les mêmes pour tous. (Soupizet 2003, Chéneau-Loquay 2007). On trouve dans cette approche une vision occidentale, binaire avec une distinction entre les inclus et les exclus, les traditionnels et les modernes, nous les riches eux les pauvres qu’il ne faut pas laisser en dehors du bienheureux âge de l’information (Chéneau-Loquay et Ntambue 2003, Ebam-Etta 2005, Tumussime 2006)3.

12- Une deuxième approche théorique ne rejette pas le modernisme, elle s’inscrit dans le même type de pensée qui valorise la technique mais en y ajoutant une visée avant tout sociale et centrée sur le local, la communauté. C’est la posture aujourd’hui des réseaux d’activistes qui militent pour les télécentres communautaires avec une réflexion focalisée sur les besoins de la communauté érigée en modèle idéal, véritable icône, avec une vision que l’on peut qualifier de « communautariste » au sens anglais du terme, qui donne le primat à la collectivité par rapport à l’individu4.

13Pour Michael Gurstein, dans son éditorial du premier numéro du Journal of Community Informatics, (2004 1, p. 2-4) :

« Les collectivités (communities) sont le fondement du développement humain. Elles assurent la transmission de la langue et de la culture. Elles fournissent de la sécurité à travers la connaissance de ses voisins. Elles sont le creuset d’une démocratie à travers l’inculcation des valeurs de la responsabilité civique et de la citoyenneté active et efficace. À mesure que la technologie prend en charge une mondialisation agressive, voire maniaque, la communauté et les collectivités prennent de plus en plus d’importance. Et en cela, le développement social et communautaire est la pratique qui rend les collectivités actives, auto organisées et auto transformatrices, avec la recherche en tant que ressource nécessaire à ce processus. »

14Somos telecentros en Amérique Latine, ou Community informatics né au Canada et aux États Unis, Our Voices telecentre en Inde et telecentre.org se réclament de cette idéologie et utilisent les ressources du net, sites, forum, blogs, et aussi des rencontres pour la diffuser. Ce domaine est emblématique aussi de la création des réseaux sociaux que permet Internet tout particulièrement depuis deux ans avec le nouveau développement du web2 qui donne la possibilité à ces groupes de multiplier leurs adhérents et participants. Ces réseaux permettent aussi aux bailleurs de fonds de financer « le développement » avec beaucoup moins de risques d’échecs qu’auparavant où ils s’impliquaient sur le terrain concret des territoires5.

15Le plus important réseau telecentre.org se présente sur son site comme un programme de 21 millions de dollars, qui vise à améliorer l’impact social et économique du mouvement des télécentres dans le monde en soutenant les réseaux qui travaillent avec eux. Tous les partenaires se sont engagés sur un ensemble de valeurs communes qui guident les activités. « La première d’entre elles est une passion partagée pour aider à l’autonomisation des pauvres, marginalisés et mal desservis. » Ce réseau est soutenu par trois bailleurs de fonds dénommés ici « investisseurs sociaux », le CRDI, Microsoft et l’Agence suisse pour le développement et la coopération (SDC), et forme une Alliance Globale pour les TIC et le développement (UNGAID) initiative de partenariat phare et l’un des trois programmes partenaires du « Global Knowledge Partnership6 ».

16Plus près du terrain, l’équipe support de « telecentre.org » travaille avec plus de soixante organisations et réseaux de télécentres dont en Afrique :

17- deux au Mali, au Mozambique et au Burundi, - un en RDC, au Congo, Sénégal, Kenya, Benin, Niger, Burkina, Rwanda, Soudan, Tanzanie, Afrique du Sud et Ouganda (http://www.telecentre.org).

Des télécentres qui évoluent et se multiplient

18Dans la seconde moitié des années 1990, un certain nombre d’organisations internationales, en particulier l’Union internationale des télécommunications (UIT), l’Unesco et nationale, le Centre canadien de recherche pour le développement international (CRDI), ont entrepris d’adapter les premières expériences de création d’accès publics en installant des « projets pilotes » : les « Télécentres communautaires polyvalents ». Les TCP sont ainsi nés d’une démarche « projet » construite par des agences de coopération multilatérales. Il s’agissait de fournir à la population en un même lieu, différents outils de communication, téléphone, fax, Internet, et des services de bureautique et de reproduction, frappe, photocopie, impression. En plus des fonctions de « télécentre connecté », les TCP proposent des formations et toute une gamme de services d’information (accès aux informations administratives locales et nationales) et ils mettent en ligne des expériences et des savoirs locaux. Des projets pilotes de TCP ont été financés dans cinq pays africains : Mali, Ouganda, Mozambique, Tanzanie et Bénin. Ils se localisent non pas dans les toutes petites communautés mais dans les gros bourgs ou dans les capitales régionales éloignées de la capitale et disposant d’un système de télécommunication autonome (radio ou satellite).

19Depuis la mise en place de ce premier modèle, le concept a évolué et la recherche de la convergence entre informatique, audio visuel et télécommunications tend à se développer dans les programmes d’équipement des communautés rurales. Les « centres multimédia communautaires » (CMC) associent un télécentre communautaire et une radio. Le télécentre propose une gamme de services (téléphone, Internet, télévision, vidéo, télécopie, etc.), alors que la radio favorise la diffusion d’informations par et pour la communauté en langues locales. Les organismes internationaux comme le PNUD, la FAO, la Commission économique pour l’Afrique, et nationaux, l’Institut de coopération pour le développement des Pays Bas (IICD), le CRDI réunis dans l’initiative « global knowledge partnership » (GKP) ont demandé à l’UNESCO de mettre en œuvre ce type de projet. Le projet pilote de Kotmale au Sri Lanka a été lancé en 2000 et à partir de 2001, les CMC ont commencé à se créer en Afrique (Creech et al 2006). « Aujourd’hui, on dénombre quelque 130 CMC répartis dans plus de 20 pays, dont le Mali, le Mozambique et le Sénégal qui sont les bénéficiaires du projet de passage à grande échelle des CMC ». (voir le texte ci-après d’Ibrahima Sylla).

20L’évolution du TCP au Mozambique étudié en 2009 est caractéristique :

Au Mozambique, l’installation d’un premier télécentre au niveau d’un district en 1999 a marqué le début d’un effort pour amener les TIC dans les zones rurales et aux populations désavantagées y compris les femmes. Une radio communautaire pour des programmes locaux a été intégrée dans la plupart des télécentres dans une phase ultérieure. La radio communautaire est toujours un outil puissant dans un contexte rural. La radio qui émet depuis le télécentre est certainement l’outil le plus utilisé par les femmes. Les émissions de radio sont gratuites pour l’auditeur et l’accès ne dépend pas de la fourniture d’électricité ni même de la possession personnelle d’un poste – les gens écoutent ensemble dans les lieux publics ou chez eux. Les coûts de fonctionnement sont bas faisant de la radio la TIC la plus accessible dans les zones rurales. L’outil de communication le plus récent à pénétrer les zones rurales dans un nombre croissant de districts est le téléphone mobile (Macueve et al 2009).

Le défi de la « durabilité »

21À la fin des années 1990, les « télécentres », sous différents noms, sont devenus relativement communs dans de nombreuses parties du monde, et ont été largement utilisés dans la stratégie de développement concernant la réduction de la pauvreté et les TIC. Encore, en juin 2005 par exemple, le gouvernement du Ghana a mis en place le premier des 230 télécentres qui devaient être installés dans le pays. Au Rwanda 1 million $ US ont été prévus pour un programme de télécentres couvrant tout le pays (Medie 2006).

22Malgré leur multiplication7, la notion même d’un « télécentre », ses caractéristiques et, surtout, ses effets ont été, et continuent à être un objet de débats. La littérature se focalise sur la question de la viabilité et de la durabilité de ces systèmes. (Fuchs 1998 - Gomez, Hunt, Lamoureux 1999 - Menou, Stoll 2003 - etc.). Les études montrent que la viabilité des télécentres est multidimensionnelle et qu’elle dépend de facteurs liés à la disponibilité de ressources financières mais aussi de l’environnement dans lequel fonctionne le télécentre, du style de propriété et de gestion, de la participation communautaire, de la pertinence des services et du contenu. (Ebam Etta et al 2005).

23La capacité à reconnaître et à traiter les besoins des communautés est aussi soulignée comme un des facteurs qui influent sur la viabilité des télécentres, ce qui soulève la question du processus par lequel les membres de la communauté d’utilisateurs peuvent communiquer leurs besoins et les moyens par lesquels le personnel du télécentre, peut identifier et répondre à ces besoins. (Harris et Rajora 2006, Roman et Colle 2002).

24Pour Savita Bailur à propos de Mission 2007, le programme qui promeut « un centre d’accès au savoir » pour chaque village en Inde, est un exemple de la dichotomie omniprésente dans le discours et la réalisation de télécentres : ils sont mis en œuvre par les gouvernements, les organisations de la société civile, des milieux universitaires et du secteur privé et doivent être gérés par des experts, alors qu’ils sont censés être participatifs et répondre aux besoins des utilisateurs (Bailur 2006).

25 Les évaluations du TCP de Nagaseke en Ouganda (Timussine 2006) et du CMC de Manhiça au Mozambique à propos des femmes (Macueve et al 2009) arrivent aux mêmes conclusions, en soulignant l’inadéquation de ce système par rapport aux besoins des populations destinataires. La volonté de « connecter » les pays en développement a tendance à ignorer ou à oublier le faible intérêt pour les télécentres des utilisateurs ciblés. La plupart des utilisateurs potentiels n’ont pas les compétences techniques et intellectuelles nécessaires pour tirer profit des TIC. Au milieu d’une population largement analphabète, le télécentre de Nakaseke n’a pas réussi à attirer beaucoup de gens parce qu’il est perçu comme étant au service des personnes éduquées. En conséquence, le télécentre est utilisé par un groupe relativement restreint de gens déjà favorisés dans la communauté. La non-participation des populations est interprétée comme le fait de ne pas tirer avantage des TIC mais les technologies ne sont pas immédiatement aptes à répondre aux besoins des populations rurales. Non seulement l’utilisation efficace de la technologie exige la connaissance de l’anglais, une langue que beaucoup ne comprennent pas, mais elle ne permet pas de résoudre les besoins immédiats qui affectent les pauvres tels que ce qui a trait à la nourriture (Timussine 2006).

26Finalement, la plupart des articles qui commencent par recommander la formule des télécentres pour le développement finissent en appelant à plus de recherche car les avantages ne sont pas encore apparents. Le peu de recherche qui existe pointe le manque de durabilité des télécentres, que ce soit en Argentine, en Australie - où au moins 70 % de la première vague de télécentres a disparu au bout de deux ans, au Mexique où après deux ans, seulement cinq des vingt-trois télécentres établis par le Ministère de l’Environnement dans les régions rurales étaient fonctionnels. (Bailur 2006).

27Les évaluations du CRDI et celle de Peter Benjamin ne sont pas plus optimistes, concernant l’Afrique. Les télécentres sponsorisés montrent que les TIC peuvent être utiles dans le développement quand il y a suffisamment de participation locale, de la formation et du financement. Cependant, aucun d’entre eux n’a montré un modèle qui soit durable. Les plus réalistes des projets, comme au Mozambique, ont des plans d’affaires qui demanderont au moins quatre ans pour être auto entretenus. Au mieux, ces centres peuvent couvrir les frais d’exploitation, parfois du téléphone, ou les salaires. Aucun n’a été en mesure de mettre de l’argent de côté pour l’amortissement de l’équipement, et encore moins de générer des fonds pour rembourser le capital initial. Beaucoup de ces sites offrent des services utiles à leurs communautés, même si la plupart sont trop récents pour que leur impact soit plus anecdotique que démontrable. Dans la plupart des cas, il y a eu plus de problèmes techniques que prévu : problèmes d’alimentation, les accidents, le vol, et les intempéries. Bon nombre de télécentres financés de l’extérieur ont été très « top-down », certainement avec la participation des populations, mais selon les lignes directrices des bailleurs de fonds extérieurs. Bien qu’il existe maintenant une expérience sur l’utilité des TIC dans le développement, aucun des télécentres communautaires financés existants ne peut être mis en place à une échelle plus large. Jusqu’à présent, ils ne présentent pas un modèle qui soit utile pour l’accès universel, par opposition à des projets individuels. (Benjamin 2000)

28Pour le CRDI, les télécentres sont utiles, ils offrent toutes sortes de services mais ils sont utilisés par une « élite » rurale et pas par les populations ciblées, les paysans, et ils sont difficilement viables dans la durée (Etam et al 2005, Parkinson 2005)

29Ian Howard (2008) fait remarquer que la nature même d’un « projet » implique une absence de « durabilité ». Dans le domaine des TIC pour le développement (ICT4D) le terme « sustainable » se réfère à des initiatives qui pourront être supportées par les ressources locales. Or cette signification de la « durabilité » reflète ce qui a rendu tellement de projets insoutenables par définition ; le fait que les sponsors veulent généralement limiter leur investissement à un appui sur le court terme de manière à incuber le projet, puis à continuer leurs opérations sur d’autres projets. Cette pratique appelée « parachutage » convient mal aux TIC puisque très peu de collectivités sont aptes à continuer à financer et à entretenir cet équipement.

30Un bilan de la Banque mondiale est très sévère aussi. Une étude de 2003 sur les politiques concernant les télécommunications, remet en cause le principe même du projet porté par des bailleurs de fonds externes. Les télécentres ne peuvent pas être rentables car ils sont conçus davantage en fonction d’une vision des bailleurs de fonds qu’en fonction de ce que les communautés sont réellement capables d’assumer ; ils induisent en outre une course au financement qui compromet la vie quotidienne du projet. (Don Richardson)8

31Face à ces constats plutôt négatifs il y a eu un certain désintérêt des bailleurs de fonds pour ces politiques d’inclusion numérique, qui va de pair selon Michel Menou avec l’érosion néolibérale de la notion d’une citoyenneté inclusive. (Menou 2004).

32L’attention des chercheurs et des intervenants du « développement » s’est focalisée sur les accès communautaires sponsorisés ce qui entraîne un biais dans l’évaluation de leurs effets car si le mode d’accès aux outils de communication est essentiellement collectif étant donné le faible niveau de vie moyen des populations comparé au coût du matériel et de la communication elle-même, il est aussi essentiellement privé du moins en Afrique9.

33En 2004 nos recherches indiquaient qu’au Bénin, au Sénégal, au Cameroun, au Burkina, au Mali, au Togo, les centres d’accès communautaires se différenciaient difficilement des boutiques privées qui offrent la connexion à des prix de plus en plus bas. En fait le secteur associatif s’il a joué un rôle pionnier dans l’insertion d’Internet en Afrique, a très vite été concurrencé par le secteur marchand, il joue (a toujours joué) un rôle marginal. Pour Sylvestre Ouedraogo les associations doivent réorienter leurs objectifs afin d’être complémentaires et non pas concurrentes du privé qu’elles ont aidé par leurs sensibilisations à mettre en place. « Par exemple, on peut s’occuper de la formation de formateurs, de la réflexion sur la sécurité informatique, le droit, les méthodes de recherches d’information sur l’Internet, la production de contenus, la lutte contre la visite des sites pornographiques l’usage des logiciels libres et bien d’autres choses… C’est à ce niveau que l’on doit innover, créer pour répondre à l’attente de la population »10 (Chéneau-Loquay 2004 ).

34Mais pour les milieux, surtout occidentaux, de la société civile, l’idée d’activités à but lucratif s’oppose à l’idéologie communautaire, le rejet du système privé est idéologique. Pour Menou il est absurde d’appliquer des principes de rentabilité des entreprises aux besoins sociaux et aux services de base. Même si l’amortissement de l’infrastructure n’est pas nécessaire, il faut du temps avant que les revenus puissent être générés pour équilibrer le coût des opérations en particulier lorsque la structure des tarifs est mise en place pour tenir compte des besoins des couches les plus pauvres des communautés, un dilemme qui est observé dans toutes les régions du monde (Menou 2004). Dans les CMC il est interdit par l’UNESCO de faire du profit, l’activité est basée sur le bénévolat, les radios ne sont pas autorisées par exemple à diffuser des messages politiques ce qui représente un manque à gagner important surtout lors des campagnes électorales. Les animateurs d’un centre du district de Dagana au Sénégal, rencontrés en mai 2009, le regrettaient. En outre, le bénévolat a ses limites, si les personnes impliquées ne peuvent pas gagner leur vie à partir de leur activité, il faut bien qu’ils trouvent d’autres moyens pour le faire ce qui compromet leur engagement vis-à-vis du télécentre communautaire, or une implication personnelle du ou des responsables est un gage de réussite.

35Les quelques exemples de réussite de télécentres plaident en faveur d’un modèle mixte qui allierait services sociaux et services rentables, « l’entrepreneuriat social ». C’est le cas de l’association Yam Pukri au Burkina Faso (présentée par son responsable Sylvestre Ouedraogo dans cet ouvrage) et aussi celui du télécentre du centre Songai au Bénin, un centre de formation et de production agricole créé en 1985 par un prêtre et qui tout en préconisant l’autosuffisance en comptant sur ses propres forces bénéficie de subventions de plusieurs sources. Le télécentre développe un cocktail de services pour le développement de la communauté à la fois gratuits et payants. Mayanja Meddie prend Songaï en exemple pour proposer une méthode pour développer une entreprise sociale. Le télécentre devrait commencer par identifier les services que les usagers sont prêts à payer et instaurer un système de tarifs à prix coûtants, puis graduellement évoluer selon un plan préconçu et connu vers un système de tarifs avec un petit profit pour assurer les services essentiels et enfin fournir des services qui combinent valeur sociale et bénéfice économique pour les individus et la communauté.

36Comment les centres ADEN se situent-ils par rapport à ces problématiques ?

ADEN : surmonter le défi de l’enclavement et de la pérennité ?

37C’est la question évidemment centrale pour ce projet. Pour y répondre la procédure d’enquête associe donc une étude de la littérature existante à une observation empirique (observations, interviews) à l’échelle nationale et locale, dont les grandes lignes sont : - la détermination des lieux à étudier, ici les centres ADEN situés dans leurs quartiers urbains (caractéristiques socio-économiques et géographiques), dans leur contexte global selon l’état du secteur TIC, (électrification, infrastructures, politique centrale et gestion locale, état de la concurrence), - l’identification des activités présentes dans les centres étudiés (accès internet et activités annexes), - l’étude de l’entreprise auprès des gérants et animateurs (mode de fonctionnement, rentabilité), - l’étude des usages à l’aide d’interviews d’usagers des centres et si possible la consultation des historiques de navigation des ordinateurs. Des entretiens avec des personnes ressources sur la politique du pays, l’existence d’une stratégie TIC ou pas, les infrastructures actuelles et prévues ont été réalisés dans la capitale. Trois pays ont été visités : - le Burkina Faso du 5 au 16 mars 2007, avec sur 16 centres ADEN, 9 enquêtés, - la RDC du 15 au 24 mai, 2 centres ADEN visités, - la Guinée du 7 au 15 octobre, 3 centres visités sur 4. La dimension d’un article ne permet pas de rendre compte de l’ensemble des résultats, on en présente ici une synthèse.

Le système ADEN, agir du local au global, du virtuel au terrain

38L’idée de créer des centres ADEN résulte de la réflexion menée en 2000-2001 au sein du G8 dans le groupe de travail sur l’accès et la connectivité11. Il se situe dans la mouvance des recommandations de l’Initiative Société de l’Information en Afrique de la Commission économique pour l’Afrique, du volet « Nouvelle Technologie » du NEPAD et du plan d’Action de Bamako de mai 2002 adopté lors de la conférence régionale africaine de préparation du Sommet Mondial sur la Société de l’Information.

39Les objectifs du projet ADEN ressemblent à ceux des autres projets de même type mais ADEN comporte un certain nombre d’originalités dans la philosophie qui le sous-tend et aussi dans la conception.

40Il s’agit toujours d’une réponse à la réduction la fracture numérique en Afrique par la création de points d’accès publics à l’Internet mais dans des zones numériquement enclavées. L’accent est donc mis ici d’abord sur le territoire plutôt que sur les caractéristiques sociales des populations destinataires. Le défi est d’aller dans les zones les plus difficiles parce que mal équipées et enclavées numériquement donc souvent géographiquement et donc là où l’analphabétisme est le plus fort. La vision est économique :

« Mutualiser les coûts d’équipement et d’abonnement au sein de centres collectifs est en effet la seule manière d’abaisser les coûts d’accès individuels et de permettre un accès plus large de la population à ces outils. » (Rapport final ADEN 2004).

41On veut s’appuyer sur des systèmes (associatifs ou collectivités) déjà solides et bien implantées. Seules les associations et organisations à but non lucratif pouvaient répondre à l’appel d’offres, mais les centres sont censés pouvoir à terme s’autonomiser financièrement, il leur est donc recommandé de » développer des services commerciaux en complément de l’activité première, tournée vers l’utilisation des NTIC pour le développement » (Projet MAE 2004-annexe).

42Le centre ADEN doit être géré par une association mais ne pas être le centre de l’association, il est ouvert non seulement aux membres mais à tout public. On présuppose donc implicitement que l’association utilisera le centre pour ses besoins d’information ou de promotion et donc pour les besoins sociaux de la communauté mais ce n’est pas une obligation, le centre ADEN fournit l’accès là où il n’existe pas ou très peu. Autre clause implicite dans le choix des lieux d’implantation, il ne doit pas faire concurrence à d’autres établissements associatifs ou privés.

43Le dispositif technique comprend pour chaque centre :

  • - le financement du matériel (7 ordinateurs avec un serveur, plus imprimante, photocopieuse, appareil photo scanner mais pas dans tous les cas) ;

  • - la subvention de la connexion pendant deux ans (des VSAT sont installées si besoin est). L’achat du matériel pour la fourniture d’électricité est possible, mais le paiement du carburant n’est pas prévu. Le personnel est constitué de trois personnes au moins, gestionnaire, technicien, animateur.

44La vulgarisation des logiciels libres est un aspect important avec la mise à disposition du pack ADEN, un ensemble de logiciels pour la gestion et une suite bureautique sous Linux. Il est prévu aussi de développer des services d’hébergement et d’assurer le suivi technique.

45Le programme insiste sur la formation et le transfert de compétences, « la création d’un réseau de points d’accès publics mutualisés gérés par des acteurs convenablement formés devrait permettre d’assurer la pérennité économique des points d’accès ». Il comprend : la formation des gestionnaires des centres, des animateurs, des formateurs, des webmasters et des modules de formation pour les usagers compris dans le pack.

46Une autre particularité est la mise en réseau. Les centres doivent se mettre en relation les uns avec les autres pour stimuler les échanges d’expériences, assurer le suivi régulier du projet, coordonner les différentes composantes, consolider la viabilité économique. Un appui est assuré par l’équipe locale au niveau de l’ambassade et au niveau de Paris avec un site commun AFRICADEN.org et des rencontres au niveau national et entre plusieurs pays. Un dernier volet vise aussi, la création de contenus, « accompagner l’émergence de micro-initiatives prenant appui sur les centres ADEN et utilisant les TIC en appuyant environ 60 microprojets de développement (formation, santé, lien avec les familles de la diaspora, commerce, alphabétisation, facilitation de la vie des administrés.) »

47L’appel à participation a été proposé par les ambassades de France et 12 pays ont répondu et sont devenus partenaires du projet : l’Angola, le Burkina Faso, le Burundi, le Cameroun, la Guinée, le Mali, le Mozambique, le Nigeria, La République centrafricaine, La République démocratique du Congo, le Sénégal, la Tanzanie. Les implantations du projet ont débuté en octobre 2004 dans dix pays. Un comité de pilotage a été créé dans chacun pour associer au maximum les acteurs concernés, les représentants des ministères, de l’AUF (Agence universitaire de la francophonie), de l’UNESCO, des associations locales connues, des personnalités compétentes. Les organisations retenues sont de types variés, des associations de développement, des collectivités locales, des institutions éducatives, des paroisses.

Comment fonctionnent les centres ?

48La réussite des centres dépend d’un ensemble de conditions en interrelation qui sont difficiles à réunir toutes en même temps. Il s’agit de conjuguer les facteurs techniques et humains. La qualité de l’accès et du service dépend de la situation géographique et politique nationale et locale, de la disponibilité des infrastructures et de l’énergie, de la qualité des services rendus et de leurs coûts. Il faut tenir compte aussi de la période dans laquelle on se situe dans chaque contexte car l’équipement, les technologies et les politiques concernant les TIC évoluent constamment et rapidement. Comment les centres peuvent-ils s’y adapter comment anticiper le changement ?

La situation géographique et politique compte beaucoup

49Un facteur important du développement des TIC est le rôle de l’Etat, l’existence de politiques publiques et d’une régulation efficace du secteur (Chéneau-Loquay 2001, Do Nacimiento 2005). La Guinée et la RDC ont des points communs : ce sont des États faibles et instables. Il n’y existe pas vraiment de volonté politique, il y a peu d’implication des pouvoirs publics pour promouvoir le développement des TIC, les problèmes de compétence à tous les niveaux sont réels.

50La République démocratique du Congo est une figure très particulière et paradoxale du développement des TIC. Pays le moins bien équipé d’Afrique, il n’est cependant pas resté à l’écart du boom des télécommunications. Alors que le territoire immense était et reste divisé entre plusieurs factions rivales et fut en proie pendant huit ans à une guerre ouverte ou à des conflits larvés, la relative dématérialisation des TIC permet bien de s‘affranchir des contraintes spatiales et politiques. Le saut technologique est un fait quand le nombre d’abonnés au téléphone est multiplié par quinze en cinq ans grâce aux systèmes mobiles et ce sans que l’État, impuissant, n’intervienne vraiment (Ntambue 2004). Les opérateurs privés étrangers de tous horizons se font une concurrence acharnée et les usagers doivent avoir plusieurs appareils téléphoniques car il n’y a pas d’interconnexion entre les réseaux en l’absence de régulation du secteur. L’accès à Internet se fait uniquement par satellites. La question que pose ce pays a trait au rôle de l’Etat. Le dynamisme des multiples petits opérateurs privés peut-il pallier l’absence de la puissance publique. Autrement dit, la prégnance des systèmes informels permet-elle de se passer d’un Etat ?

51En Guinée, 24 ans après la « libéralisation », l’État est très largement incapable de contrôler une économie toujours dominée par la production minière, la bauxite, dont ce pays est le second producteur mondial et le premier exportateur. La société privée qui a repris la société nationale d’électricité s’est révélé impuissante à reconstruire le réseau électrique de Conakry tellement les branchements pirates ont proliféré (3 à 400 km, 64 % des branchements frauduleux), et la plupart des habitants ne conçoivent pas de payer une facture d’électricité. L’opérateur malaisien qui a repris la société de télécommunications en 1997 est parvenu la première année à réorganiser le réseau en coupant les lignes des mauvais payeurs, en plaçant des clés numériques, en installant des systèmes hertziens en attendant de généraliser le cellulaire ce qui a permis au début 92 % de recouvrement. 300 cabines publiques GSM ont été mises en service par ALCATEL depuis septembre 1997 à Conakry et à Kamsar dans la région côtière. Alors qu’il avait été impossible de réorganiser ce secteur depuis l’ouverture du pays en 1984, l’installation des moyens les plus modernes pouvait permettre un saut technologique réel mais qu’en serait-il de la maintenance et de l’entretien postérieur ? Deux ans après, en avril 1999, la situation s’était à nouveau dégradée. Télécom Malaysia se désengageait mais le contentieux demeure et bloque encore la dynamique d’équipement. 2007 voyait le début d’élaboration d’une stratégie nationale TIC impulsée par les conseillers étrangers. La grande évolution comme ailleurs en Afrique est celle de la téléphonie mobile, plusieurs opérateurs dont Orange se disputent le marché, un marché qui se développe désormais en dehors de la capitale. Internet reste peu utilisé, la Guinée n’est pas reliée à Sat 3, et l’ADSL commence à se développer à Conakry. Il est difficile pour les fournisseurs d’accès d’utiliser le Wimax car les fréquences mal contrôlées sont piratées. Une privatisation brutale, l’absence de société civile et d’un véritable État de droit dans ce pays continuent de compromettre la « reconstruction ».

52Pour des pays enclavés comme le Mali et le Burkina Faso, l’installation de réseaux à fibre optique à partir du nouveau câble côtier Sat3, et la création d’un réseau de satellites africain (RASCOM) peuvent offrir des possibilités considérables d’amélioration de la connexion même si la présence d’infrastructures est une condition nécessaire mais pas suffisante pour développer les usages et les services. C’est au Burkina que les accès associatifs sont les plus développés, et ce jusqu’en milieu rural alors que le téléphone fixe est encore un objet très rare mais que le téléphone mobile change la donne. Il existe au Burkina une volonté politique réelle pour développer les TIC (voir plus haut l’article d’Alassane Seck). Le projet ADEN est accompagné par le Ministère dont un conseiller fait partie de l’équipe d’encadrement à Ouagadougou. ADEN a installé 16 centres dans ce pays le seul dans ce cas. Un programme d’équipement à partir de la fibre optique qui vient du Mali et du Ghana est prévu mais demande de gros investissements. Ainsi l’équipement en TIC évolue rapidement mais un problème de fonds demeure, la fourniture d’électricité. En 2009 les coupures sont constantes à Ouagadougou et gênent l’activité.

Les conditions géographiques locales sont un handicap assumé

53Pour atteindre Kankan en Haute Guinée, où se situe un centre ADEN, à 700 km de la capitale il faut deux jours tant la route est dégradéeet la ville n’a pas d’infrastructure d’électricité autre qu’individuelle. Il existe de rares transports aériens très coûteux et aléatoires. À Labbé non plus, en Moyenne Guinée, il n’y a pas de fourniture d’électricité mais la ville est plus proche de la capitale et plus dynamique. Bastion des populations peules, Labbé connaît une croissance urbaine impressionnante grâce aux investissements immobiliers des ressortissants, souvent des commerçants. Nzérékoré capitale de la Guinée forestière est injoignable en saison des pluies, l’équipe d’appui ADEN ignore ce qui se passe dans le centre depuis son installation, le prêtre qui s’en occupe étant toujours en déplacement et impossible à joindre.

54En RDC, la puissance de la végétation équatoriale et les conflits larvés empêchent que des routes soient construites et entretenues, le fleuve Congo est la seule voie de circulation mais les bateaux sont rares et vétustes.

55Des centres ADEN sont ouverts dans des villes enclavées au milieu de la forêt comme Kisangani qui compterait 800 000 habitants et que l’on ne peut atteindre qu’en avion. De petites compagnies non fiables et la MONUC (Mission de l’ONU pour le Congo) font la liaison avec Kinshasa. Actuellement aucune route carrossable ne relie la ville, aucun bateau non plus, (sauf privés). Il n’est possible de circuler en dehors de la ville qu’en moto sur de petits sentiers. Il y a très peu de voitures, on se déplace en vélo taxi ou à pieds. Un pont vétuste relie les deux rives et il y a aussi un vieux bac souvent en panne.

56Le rôle de la MONUC est considérable, le pays vit largement sous perfusion de l’aide internationale. Par contre la petite ville de Kimpese sur une route goudronnée à proximité de Kinshasa est privilégiée quand il s’agit par exemple de résoudre un problème technique et de faire appel à l’équipe d’appui. Lors de notre visite à Kisangani la connexion VSAT était en panne et le seul réparateur existant couvrait à lui seul toute la région Est du pays.

57Au Burkina les 9 centres enquêtés sont dans des situations géographiques très différenciées. La petite ville de Ouahigouya avec 50 000 habitants et une université est privilégiée par rapport à Gorom, petit bourg rural de 4 000 à 5 000 habitants à la lisière du désert, à 6 heures de route depuis Ouagadougou. Diapaga petit bourg sur l’axe routier qui mène au Niger est très éloignée aussi. La situation dans la ville compte aussi. À Kongoussi et à Toma au Burkina, les centres excentrés sont peu fréquentés.

58Un des critères de sélection des lieux, était l’absence de concurrence pour les autres centres privés ou associatifs, mais la situation évolue rapidement. À Kisangani au début, en 2004, il n’existait qu’un seul autre cyber ; en mai 2007, il en existait 11. Le dernier cybercentre était en train de s’installer avec six machines neuves et écrans plats. À 1 200 F de l’heure il était plein lors de notre passage à midi. C’est comme toutes les entreprises du lieu une ONGD, ONG de développement, un statut qui permet de solliciter des subventions alors que le statut privé ne le permet pas.

Des problèmes techniques très handicapants

59Le premier problème pour tous les centres est la disponibilité et le coût de l’énergie. Aucun des 3 pays ne dispose d’un approvisionnement stable en électricité. À Kankan en Guinée par exemple, à l’université où se situe le centre ADEN, l’électricité ne fonctionne que jusqu’à 14 heures puis de 19 à 23 heures et encore ces horaires sont très théoriques.

60Le renchérissement du prix du pétrole a fait que des charges qui étaient à 15 % au début du projet en 2004-2005 s’élevaient en 2007-2008 à 50 %, soit autant que le coût de la bande passante. Face à cette contrainte on pourrait penser que l’énergie solaire peut être la panacée or ce n’est pas évident.

61À Labbé en Guinée, le courant de la ville ne fonctionne pratiquement pas en saison sèche, le centre est équipé de capteurs solaires (22 panneaux de 50 watts) qui n’ont fonctionné que deux mois ; le système était-il mal conçu ? L’importance de la couverture nuageuse fait que le chargement des batteries pour 10 heures de fonctionnement est beaucoup trop long ou impossible. L’énergie solaire est plus adaptée pour faire l’appoint. Mieux vaut avoir un générateur qui charge des batteries qui durent la journée. Mais la consommation est élevée, 2 litres d’essence par heure ce qui demande au moins 5 clients connectés en permanence. Labbé a donc adopté un système hybride, l’électricité de la ville et un générateur à essence, les capteurs étant peu utilisés. Après trois ans il faut renouveler les batteries ce qui pose aussi un problème écologique. On peut remarquer cependant que Labbé n’était peut-être pas le meilleur endroit pour installer des capteurs solaires et qu’un milieu sahélien comme au Burkina aurait sans doute été plus propice. Une étude y a été faite par l’ambassade qui a jugé le système à énergie solaire trop coûteux, 20 millions de FCFA au lieu de 6 pour le groupe électrogène.

62En ce qui concerne la disponibilité et le coût de la connexion on observe de fortes inégalités entre les centres. À Kisangani, après la faillite d’un ancien fournisseur d’accès, la connexion VSAT n’a pas fonctionné pendant trois mois et ensuite le centre ne parvenait pas à retrouver le même volume d’activité. Les coupures de la connexion sont fréquentes : 5 jours sans activités en février à Kisangani, pas de connexion les jours d’orage à Labbé, un signal faible au Burkina. Dans ce pays la connexion VSAT d’un débit de 512 Kbits est partagée entre tous les centres ce qui est notoirement insuffisant. Avec l’ouverture des autres centres, le ralentissement certain du débit peut compromettre l’activité. À Labbé, le coût de la connexion est de 600 euros par mois. La connexion doit évoluer en fonction des formes d’équipement possibles dans la zone. On peut espérer au Burkina l’arrivée prochaine de l’ADSL qui permettrait de soulager les budgets. À Kisangani les autres centres sont équipés d’une connexion Wimax par un opérateur de satellites, une solution pour l’avenir. Les coûts moins élevés qu’avec un signal direct par une antenne VSAT sont cependant considérables comparés à ceux que l’on peut avoir dans un pays développé. De 100 $ par mois pour un débit de 64 kbps à 900 $ pour 512 kbps avec la téléphonie locale gratuite et illimitée avec un téléphone IP et des tarifs très intéressants sur de nombreux pays par exemple : France 0,05 $ pour un fixe, 0,25 pour un mobile.

63Le Wimax en Guinée pose problème car utilisé sans licence par des opérateurs peu scrupuleux, des problèmes de fréquences piratées et de brouillage du signal se posent. Les prix restent cependant très élevés.Ils varient pour le projet de 20 000 FCFA par mois (l’ADSL au Sénégal) à 460 000 (la connexion VSAT au Nigéria). Cette forme de connexion ne peut être que transitoire à moins que les prix baissent considérablement.

64Un appui technique pour résoudre les problèmes récurrents liés aux logiciels et faire un suivi pour les mises à jour est d’autant plus nécessaire que les logiciels libres sont inconnus des utilisateurs. Cet appui est assuré par le jeune technicien français de l’ambassade dans chaque pays mais il est insuffisant surtout pour les centres les plus difficiles d’accès. C’est ainsi que les gérants sont confrontés au quotidien à tout un catalogue de petites pannes qu’ils n’arrivent pas toujours à résoudre : clés non lues ainsi que les CDROM, impossibilité de connecter un appareil photo, vidéo qui passe mal, pdf qui bloque, son Skype impossible, etc.

La qualité du service rendu dépend de la qualité du « facteur humain »

65La bonne marche du cyber repose sur la conjonction entre les compétences des personnes, leur motivation, l’esprit d’équipe et la qualité du partenariat avec la structure porteuse locale (et aussi de l’appui national). Le critère de choix pour l’implantation des centres était que l’association soit bien implantée, soit un acteur de la vie locale, qu’il y ait un local disponible. Au Burkina, 85 dossiers ont été présentés, 16 classés bons, 16 retenus avec l’appui du Ministre de tutelle qui n’a pas voulu en éliminer avec l’argument que mieux vaut être plus nombreux si l’on veut créer un réseau.

66L’activité repose sur peu de personnes, et d’abord en général sur la forte personnalité de l’administrateur.

67Les administrateurs sont rémunérés sur leur association mais pas sur les revenus du centre il faut donc qu’ils soient animés d’un sens du service public. Le paradoxe pour la bonne marche du centre est que s’ils sont dynamiques, ils ont de multiples activités, ce qui les rend peu disponibles pour le cyber, en conséquence ils sont souvent absents (sauf à Ouahigouya petite ville universitaire du Burkina où 3 enseignants se relaient). À Gorom ou à Kimpese ce sont de véritables entrepreneurs, à Labbé et à Ouahigouya des jeunes passionnés d’informatique. À Labbé l’administrateur autodidacte est capable de programmer et de créer de petits logiciels.

68La marge de manœuvre des administrateurs diffère selon la nature des partenariats. Des partenariats sont stimulants, quand par exemple une collectivité locale s’engage, comme à Labbé où le cyber est hébergé par la municipalité et peut utiliser son groupe électrogène. Des partenariats sont pesants aussi, si la structure porteuse ne fait pas confiance et ne sait pas utiliser les compétences des personnes et les possibilités d’activités offertes par un cyber.

69Chaque cyber ADEN doit disposer d’un technicien qui a été formé par le projet mais il est difficile de retenir des techniciens dans des zones excentrées. « Dès qu’ils sont formés ils partent », à Gorom, on n’est pas parvenu à retenir deux techniciens successifs malgré la décision de les rémunérer correctement, l’animatrice originaire du village, cas exceptionnel, est payée 50 000 CFA.

70L’activité repose au quotidien sur l’animatrice, toujours une femme au Burkina, qui semble se contenter trop souvent de vendre les tickets. Les animatrices semblent peu considérées, pas une n’a été conviée à assister à nos discussions, leur temps de travail est long, des journées de 10 heures, pour une rémunération faible. Ont-elles été formées ? Dans un centre tenu par une paroisse, où pourtant l’animatrice semblait plus motivée et compétente qu’ailleurs, elle ne percevait que 20 000 FCFA et allait partir.

71La gestion administrative et comptable n’est pas toujours adéquate. Tenir une comptabilité va à l’encontre des habitudes et modes de faire en Afrique ou les pratiques informelles dominent, or un point fort du projet est la formation et l’appui à la gestion avec des protocoles et fiches standardisées.

72Les centres où la personne présente se contente de vendre les tickets, de montrer comment on ouvre une boîte mail Yahoo et comment naviguer sont moins fréquentés que ceux où il y a un véritable accompagnement des usagers pour trouver les bonnes informations. Certains centres ont conçu des dossiers de bonnes adresses sur les sites utiles du pays. La convivialité du lieu est appréciée des usagers. Un environnement agréable avec des posters, des couleurs, un ventilateur qui fonctionne, sont des atouts indéniables.

73Partout les heures d’ouverture sont larges, de 8 - 9 heures à 20 - 21 heures et les publics différents selon les moments de la journée. Les fréquentations sont très variables selon les centres, les matinées sont moins fréquentées et les fins d’après midi peuvent être surchargées. Le centre le plus fréquenté, Ouahigouya peut compter le dimanche 70 personnes et une moyenne de 40 personnes les autres jours mais c’est exceptionnel. A Labbé en Guinée, le centre bien géré ne compte pourtant que 15 à 20 clients par jour, 11 en moyenne sur trois mois à Kisangani. Les durées de fréquentation sont courtes, les personnes se contentent pour la plupart de consulter leur boite Yahoo.

74Les tarifs sont variables, quelques centres ont su moduler les tarifs selon les publics, les élèves paient moins cher que les adultes, et selon les moments, un meilleur tarif le matin ou un système d’abonnement.

75Tableau 1 - Les tarifs de la navigation au Burkina (en FCFA)

76Tous les centres cherchent à diversifier leurs revenus car la seule navigation ne permet pas de couvrir les frais. La formation est une bonne source de revenus. Les modules ADEN sont utilisés selon les demandes et comprennent de la bureautique, la navigation, la recherche efficace, la gestion administrative et comptable. Ces formations ADEN permettent d’obtenir une attestation reconnue par l’État. À Ouahigouya le centre est ouvert de 8 heures à 22 heures du lundi au dimanche mais à partir de 20 heures, on arrête pour les formations qui sont très fréquentées. Un autre centre au Burkina ne fait pratiquement que de la formation, des cours de secrétariat uniquement si bien que les intéressés paient la moitié et ne terminent pas, l’utilisation d’Internet est minimale, avec des prix trop élevés (1000 FCFA/heure).

77Tous les centres visités proposent l’impression, la saisie, la photocopie, quelques-uns le scanner, des appareils photos, la gravure de CD. Certains fabriquent des badges, des cartes de visite, des affiches. L’un au Burkina associe une cabine téléphonique et vend des cartes de téléphonie mobile. Trois centres au Burkina sur les neuf visités sont très actifs pour faire de la promotion sous des formes très variées, distribution de brochures, animation de soirées, parrainage de fêtes, boîtes aux lettres pour une association d’un village, émissions de radio. À Ouahigouya et à Labbé, des clubs Aden ont été créés dans les collèges et lycées pour attirer les jeunes et leurs enseignants. Ils bénéficient de formations, organisent des concours où l’on gagne des tickets, (et des tee-shirts Aden à Ouahigouya), animent des soirées et des fêtes. À Gorom par contre beaucoup plus isolée, l’administrateur ne parvient pas vraiment à attirer les enseignants.

78Les deux centres visités associés à une radio au Burkina et en RDC s’en servent pour promouvoir le cyber et sont particulièrement actifs.

79Aucun des centres en 2007 ne proposait de service Web. Seul le centre de la paroisse de Kombissiri au Burkina avait un site, fait par un prestataire. C’est certainement une activité d’avenir moyennant un investissement dans la formation.

80La participation au réseau ADEN est prévue au moyen de l’alimentation du site Africaden mais elle n’est pas forte. Peu de centres interviennent, ils l’ont fait au début, pour rendre compte de leur inauguration mais la participation s’est délitée ensuite, le forum est peu animé, il manque peut-être une vraie animation de ce réseau. Le site a au moins le mérite de mettre des ressources à disposition comme des outils de gestion.

81Par contre au niveau national, au Burkina, les 16 centres ont créé une association, Les Jardins d’ADEN, qui leur permet d’échanger leurs expériences et de travailler sur l’après projet. Le projet a organisé aussi deux rencontres internationales des centres ADEN en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.

82Des rencontres ont lieu aussi avec d’autres organisations du même type au Burkina où telecentre.org pousse à constituer un réseau de télécentres. Les centres d’accès communautaires sont une force, ils peuvent influencer les politiques s’ils sont organisés puisqu’élargir l’accès universel est la préoccupation prioritaire aujourd’hui.

Les résultats des centres sont très inégaux

83Les tarifs, la fréquentation et donc les recettes sont très variables d’un centre à l’autre, leur rentabilité souvent problématique mais pas toujours. À Ouahigouya les dépenses tournent autour de 200 000 à 250 000 FCFA par mois sans compter le coût de la connexion.Les seules recettes de la navigation couvrent les frais mais c’est le seul centre dans ce cas. À Toma les fluctuations sont fortes et les déficits constants.

À Labbé, « Les coûts actuels supportés par le Centre ADEN pour satisfaire ses services récurrents sont de 3 410 000 francs guinéens (FG) par mois détaillés comme suit : Connectivité internet (coût de la Bande Passante) : 3 300 000 FG/mois.

Courant de la ville (EDG) : 110,000 FG/mois, montant forfaitaire.

Les rentrées mensuelles actuelles de la facturation de tous nos services sont en moyenne de 2 024 565 FG/mois. Nous n’avons donc jamais atteint l’équilibre du coût de la bande passante ». (rapport 2007)

84À Kisangani la fréquentation est trop faible pour couvrir les coûts. Le centre ouvre de 8 h 30 à 20 h sauf le dimanche et le prix de la connexion est de 900 F soit 1,50 $ l’heure ou 15 F les 10 minutes ce qui est élevé surtout par rapport à d’autres cybers de la ville qui proposent la connexion à 600 F. Il n’y a aucun abonnement, aucun tarif préférentiel pour de bons clients. En février 2007 les recettes se sont établies à 323 $ pour 304 clients et à 654 $ en mars. On arrive à des dépenses de l’ordre de 300 à 350 $. Dans ce contexte avec de telles fluctuations le paiement de la connexion est très contraignant or les salaires sont très faibles ; l’animateur estime qu’il travaille bénévolement et en est très mécontent.

85Cet aperçu de la vie des centres ADEN montre qu’avec la conjugaison d’un environnement porteur comme une université (Ouahigouya) ou un centre-ville dynamique (Labbé), (mais dans ce cas est-on encore dans la problématique d’appui au désenclavement ?), des activités diversifiées, une bonne formation, des tarifs modulés bien conçus, de la promotion, de l’accompagnement des clients, il est possible d’obtenir une fréquentation forte et régulière. Le bénévolat des administrateurs et leur engagement sont un atout aussi. Mais il n’est pas certain que ce cercle vertueux permette d’assurer la pérennité des centres si la connexion ou l’énergie coûtent trop cher comme en Guinée et en RDC.

Pour quels usages ?

86Qui sont les usagers de ces centres ? Ont-ils des usages spécifiques liés au milieu rural ? Y a-t-il des différences selon les lieux ? En fait nos enquêtes font plutôt ressortir une certaine homogénéité dans les formes d’utilisation entre les différents centres et dans les trois pays.

87Les élèves et étudiants représentent 80 à 90 % du public. Des étudiantes étrangères à Ouahigouya viennent régulièrement pour joindre leurs familles et consulter la presse de leur pays (RCA, USA) et aussi passer un moment à discuter avec les enseignants responsables du lieu. Les adultes membres des ONG et des enseignants viennent ensuite. Les élus locaux sont peu motivés en général. Ceux que nous avons rencontrés à Diapaga, venaient pour faire des photocopies. L’adjoint au maire de Labbé porteur du projet, admettait qu’il était difficile de les convaincre de l’intérêt de l’outil : « ils n’osent pas montrer qu’ils sont incompétents ». Cette réticence à se retrouver en position d’apprentissage pour des adultes ayant une position sociale a été signalée à plusieurs reprises. Les étrangers de passage ou résidents sont les meilleurs clients, ils apportent volontiers un appui, (Gorom, Ouahigouya, Diapaga, Labbe). Quelques entrepreneurs cherchent des informations pour leurs affaires. Ces personnes peuvent être des faciles victimes de publicités mensongères ou d’arnaques à la collaboration dans les affaires12. Un usage inattendu s’est révélé, celui des turfistes qui viennent pour les pronostics et s’informer sur les chevaux. Il n’a pas été possible de déterminer précisément par nos enquêtes la proportion d’hommes et de femmes qui fréquentent les centres ADEN. Une proportion de l’ordre de 2/3/1/3 n’est pas invraisemblable, c’est le cas au Cameroun et aussi au Mozambique, selon une étude du CRDI. Les femmes qui viennent sont des élèves et étudiantes et aussi du personnel des ONG.

88Tableau 2 – Relevé des historiques de navigation au Burkina

89S’il y a assez peu de différences dans les formes d’utilisation selon les catégories socioprofessionnelles et selon les lieux, par contre les historiques de navigation révèlent des différences entre ce qui est dit et ce qui est fait. L’exemple de trois centres au Burkina le montre.

90La messagerie domine largement, le courrier avec Yahoo à plus de 90 % (de 40 à 60 % des occurrences). Les usages ludiques viennent ensuite, les jeux sports et loisirs avec une grande importance du football et du tiercé tout particulièrement à Diapaga. Les jeunes vont voir leurs joueurs préférés, leurs idoles, les personnages des séries télévisées. Les sites de rencontre, sont recherchés par les élèves pour trouver des correspondants. Les étudiants vont sur Facebook et My Space. Quelques sites pornographiques reviennent régulièrement. Les usages pour se documenter sont minimes même dans une ville étudiante comme Ouahigouya où ils représentent moins de 20 % des occurrences. La nature de cette documentation n’est pas seulement studieuse comme le montre l’exemple de la composition de la rubrique documentation à Diapaga : - sur 300 occurrences, 137 relèvent d’informations diverses, 44 sont des recherches de cartes de vœux, 18 concernent la solidarité internationale, 13 les rubriques auto/moto, 11 le commerce, 10 la banque, 7 des journaux et 3 une recherche d’emploi.

91La consultation d’une boîte mail d’un élève à Nongana est significative d’une faible connaissance de l’outil par les élèves, qui sont la cible du pire, (promotion, spam). Sur 300 messages dans une boîte Yahoo d’un élève de 16 ans il y avait deux messages d’amis, le reste était à jeter.

92Internet est avant tout pour les jeunes un outil de loisir, ce qui est tout à fait légitime mais même là une éducation serait utile.

93Il aurait fallu pouvoir multiplier les relevés et les enquêtes sur les usages mais il ne semble pas que les associations impliquées utilisent beaucoup l’outil pour mener leurs actions.

94Cette pauvreté des usages est logique car on est dans ces cas-là au début du processus et dans des milieux défavorisés. Le projet ADEN ne faisait pas en 2007 de promotion des contenus. Mais on peut aussi se demander si l’idée de créer des usages utiles pour « le développement » en ouvrant des accès publics ne relève pas davantage d’une vision des bailleurs de fonds promoteurs que de la réalité du terrain.

Quelles perspectives ?

95Ce projet a une pertinence dans la mesure où il a permis de faire connaître Internet, il a joué un rôle pionnier pour des populations et des zones défavorisées. Son handicap de base est l’enclavement mais c’est sa raison d’être ; les centres se sont installés là où les opérateurs privés ne voulaient pas aller parce que les coûts y sont plus élevés qu’ailleurs. Ces centres remplissent ainsi une mission d’intérêt général, un véritable service public qui est compensé par le soutien financier, la subvention des activités, mais elle n’est pas pérenne dans un système projet.

96À partir de mi-2009, les centres doivent trouver les moyens de leur durabilité. Ils sont dans la nécessité d’augmenter la fréquentation et de diversifier les services. Ceux qui ne le font pas devraient chercher à s’associer avec une radio. L’association d’Internet avec une radio apporte un enrichissement des contenus, et fournit des clients au cyber et surtout un soutien financier à condition que cette radio soit libre de développer des activités lucratives. Une question de fonds va se poser aussi, rapidement pour les centres multimédias ADEN comme pour d’autres structures, celle de la maintenance et du renouvellement d’un matériel qui vieillit d’autant plus vite que les conditions climatiques sont dures (exposition à la chaleur et à la poussière).

97La recherche d’autres subventions est aussi une piste à explorer si ces centres veulent garder un statut associatif. La subvention devrait pouvoir se poursuivre surtout là où la connexion se fait par VSAT, mais au niveau du MAE à Paris, des changements profonds ont eu lieu depuis l’arrivée du nouveau gouvernement en 2007 ; il n’y a plus d’interlocuteur ADEN depuis le départ des deux responsables et le site AFRICADEN n’est pas actualisé. Les jeunes assistants techniques au niveau des pays ont terminé leur contrat. Le programme d’appui aux contenus n’est pas suivi.

98Un fonds du service universel a été créé au Burkina qui pourrait peut-être accorder des subsides à ces centres isolés en compensation d’un service d’utilité publique où les coûts sont plus élevés que les recettes. Dans le cadre de la coopération décentralisée en France des possibilités de jumelage sont à rechercher, déjà à Labbé le centre est en partenariat avec une association de la ville de Toulouse. La mise en réseau des centres peut leur permettre de constituer une force et de faire du lobbying auprès des gouvernements.

99Du point de vue des usages, la question fondamentale des « besoins » en information et communication se pose : quels sont les besoins ressentis actuels, les besoins induits, les besoins futurs ? Internet est il le meilleur outil pour répondre aux besoins de toutes les populations ? Les populations paysannes souvent illettrées doivent-elles être alphabétisées et en langues locales pour utiliser Internet ? Cette belle idée a de nombreux supporters mais comment créer des contenus surtout quand une langue est très locale et ne compte qu’un petit nombre de locuteurs ? Peut-on se passer de l’écrit et miser sur le multimédia et donc de très bons débits pour intéresser les analphabètes ?

100Plus simplement et à une plus large échelle, ce qui se produit naturellement aujourd’hui en milieu rural est la médiation : médiation par les journalistes de la radio locale d’abord qui peuvent relayer des informations trouvées sur Internet, médiation des employés et d’usagers des centres, et puis aussi médiation par les encadreurs du milieu, ceux des structures de l’État quand elles existent encore en milieu rural et celle des membres des nombreuses ONG qui peuvent chercher les réponses aux problèmes quotidiens des populations en s’aidant du Web. Ces médiateurs ont un grand besoin d’informations, il est normal que ce soit eux les plus éduqués qui bénéficient d’abord des services des télécentres et de la formation. Ce rôle des médiateurs est essentiel en milieu rural et n’est pas suffisamment mis en valeur dans les projets et dans les évaluations sur les télécentres.

101Pour les élèves principaux utilisateurs, le développement d’une éducation à l’outil internet qui diffuse le pire comme le meilleur serait utile. N’existe-t-il pas en particulier des jumelages entre établissements scolaires pour que les élèves trouvent les correspondants qu’ils souhaitent tant ?

102En ce qui concerne la création de contenus, l’élaboration de sites est un des premiers services à développer or aucun centre ne le fait apparemment ; seul Kombisiri au Burkina a un site de la paroisse fait par un stagiaire.

103Plutôt que de déplorer que les usages pour le « développement » des communautés soient minimes dans les télécentres, pourquoi ne pas aller dans le sens de ce que les usagers pratiquent mais en l’enrichissant par une approche culturelle, sur l’exemple de ce qui se passe spontanément dans les quartiers populaires au Sénégal, où les cyber deviennent des lieux de loisir ; les jeunes se réunissent le soir autour des machines pour visionner de la musique ou des feuilletons ou des matchs. Pourquoi ne pas faire des télécentres de véritables centres culturels et d’information grâce aux ressources de la toile ?

104Sur le modèle d’une entreprise sociale, le centre pourrait intégrer progressivement une petite médiathèque, avec un vidéo club, de la documentation, faire à la demande des dossiers thématiques, (dossiers sur le Burkina à Toma), des journaux et revues d’actualité (impression des unes au moins), des jeux en ligne13. L’institut Panos en RDC donne un exemple d’une telle démarche. Panos a monté avec d’autres bailleurs, entre novembre 2004 et avril 2005, des Centre multimédia communautaire à Kisangani, Bukavu, Lulumbashi, Bugimai. Grâce au cyber les CMC créent à côté une bibliothèque qui présente des documents d’actualité tirés d’Internet, font connaître la presse internationale et féminine en prenant des abonnements etc. Ils diffusent ainsi le Journal du citoyen, journal créé pour développer le pluralisme des médias. La personne qui s’occupe de la bibliothèque est payée 200 $ par mois. 14

105Là où la télévision est rare et la bibliothèque absente, organiser des soirées thématiques pour visionner de bons films, des documentaires, des concerts et en débattre est envisageable à des tarifs étudiés selon les catégories de population et permettrait de générer des revenus. Une telle activité pourrait se faire en relation étroite avec les établissements d’enseignement, les élèves étant les principaux destinataires, le système mis en place à Ouahigouya avec les clubs ADEN pourrait être développé en ce sens. On opposera à cette idée la question des droits d’auteur et du coût de l’impression, de la photocopie, du vidéo projecteur.

106Une manière de répondre à cette objection et de minimiser ces coûts pourrait être la mise en réseau des centres avec des sites Web en correspondance et la mutualisation pour permettre de payer les droits d’auteur et d’échanger des ressources et des informations, Dvd, Cdrom, dossiers. La mise en réseau peut permettre aussi de négocier collectivement des exonérations de taxes, des prix préférentiels de la connexion ou de l’électricité auprès des pouvoirs publics. La démarche actuelle des Jardins d’ADEN au Burkina va dans ce sens, et plus largement celle de telecentre.org.

107Enfin une dernière question mérite d’être posée : l’avenir de ces centres d’accès mutualisés aux TIC ne sera-t-il pas compromis à court terme par la généralisation de l’accès à Internet sur le téléphone mobile ? En Afrique, le nombre de personnes qui utilisent leur connexion mobile pour accéder à l’Internet a explosé au cours de l’année 2008. C’est dans les pays pauvres que les développements les plus intéressants pourraient avoir lieu. Le téléphone portable pourrait devenir l’ordinateur pour tous dans un futur proche, il serait l’outil de communication, le portail pour internet, le livre scolaire, l’album photo familial, la carte de paiement et de crédit et bien d’autres choses si les adaptations nécessaires sont réalisées (Selanikio 2008).Des exemples existent déjà d’usages par des associations rurales qui achètent le “smartphone” en commun.

108Mais l’engouement actuel pour ce qui concerne la téléphonie mobile, indéniable réussite en Afrique, masque la complexité et les inégalités dans les formes d’appropriation des TIC. Dominique Cardon rappelle que l’appropriation des technologies est une activité sociale, culturelle, économique et politique à part entière, que l’usage des technologies s’inscrit dans la vie sociale des personnes et qu’il est réducteur de considérer l’impact des TIC comme une simple affaire de coût, de fonctionnalités ou de simplicité des interfaces. (Cardon 2005). Les centres ADEN ne vont pas évoluer à l’identique mais selon des processus de bricolage, de détournement, de “braconnage”, selon le terme de De Certeau (1980), par les usagers et les gestionnaires. Le temps et les dynamiques d’apprentissage sont des facteurs clé de l’appropriation et le temps social ne se calque pas sur le temps du projet.

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Notes   

1   Dans le cadre du programme Africanti du CEAN et du GDRI Netsuds, il s’agissait de présenter et discuter les systèmes d’accès aux TIC mis en place dans les zones enclavées de différents pays sur la base d’une évaluation à mi parcours du projet ADEN.

2   La plupart étant réalisés par, ou en relation avec le Centre de recherche pour le développement international du Canada (CRDI). Ils se trouvent essentiellement en ligne : - sur le site du CRDI, (www.crdi.org), - dans les revues (JOCI) « The Journal of Community Informatics », et « Electronic Journal of Information Systems in Developing Countries »(EJISD) - les working papers series de l’université de Manchester, et sur des sites spécialisés (voir les références en bibliographie).

3   Ce que Gilbert Rist appelle l’idéologie du missionnaire (Rist 2002).

4   Selon Wikipédia, « L'expression anglaise renvoie à un courant bien connu animé en particulier par Amitai Etzioni et qui met en avant le primat de la communauté (globale) sur les individus qui la composent. Ce courant veut dès lors contre-balancer les droits individuels par des devoirs envers la collectivité ».

5   Ce fut la position du CRDI qui a été parmi les premiers bailleurs de fonds à créer des centres d’accès publics puis qui face aux échecs répétés a préféré à partir de 2004-2005 réorienter ses actions sur le soutien aux réseaux de chercheurs et aux réseaux sociaux du « développement ».

6   « Global Knowledge Partnership (GKP) est le plus important réseau de partenariats multiples pour promouvoir l’innovation et les avancées pour le savoir et les technologies de l’information et de la communication (TIC) pour le développement, http://globalknowledgepartnership.org

7   Aucun bilan global trouvé sur leur nombre et leur état en Afrique.

8   Liste de discussion <ciresearchers@vancouvercommunity.net> [ciresearchers] CI and Community Innovation Date: Thu, 13 Nov 2003

9  Les animateurs du forum GKD (global knowledge developement) ont lancé un débat à ce propos fin 2003 : « Yet it is difficult to get information about who is doing what, where; the outcomes and lessons learned. All too often, a few activities sponsored by donors gain recognition, while the vast majority of efforts, especially independent actions by individuals and organizations, labor anonymously regardless of their success and the value they can contribute to our understanding ». The DOT-COM Discussion is funded by the dot-ORG USAID Cooperative Agreement, and hosted by GKD. http://www.dot-com-alliance.org provides.

10  Sylvestre Ouedraogo, forum Africanti message du 6 juillet 2002. sur le rôle du secteur informel dans l'éclosion des télécentres en Afrique..

11   En 2000, le Gouvernement français a demandé à VECAM de participer aux débats du groupe d’experts pour l’accès aux nouvelles technologies, (G.E.A.N.T.) créée par le G8 pour répondre aux enjeux de fracture numérique. Voir http://vecam.org/article208.html

12  Une spécialité des Nigérians qui opèrent en particulier depuis les meilleurs cybercafés de Ouagadougou. et aussi d’Ivoiriens, comme la presse s’en est récemment inquiétée (l’Espoir en mai 2009).

13   J’ai été frappée dans une école au Sénégal par le fait que les ordinateurs se trouvaient dans la salle dite « bibliothèque » où il n’y avait pas un document.

Citation   

Annie Chéneau-Loquay, «Le projet d’appui au désenclavement numérique», Les cahiers de NETSUDS [En ligne], Accès aux nouvelles technologies en Afrique et en Asie, numéros en texte intégral, mis à jour le : 09/05/2011, URL : http://revues.mshparisnord.org/netsuds/index.php?id=349.

Quelques mots à propos de :  Annie Chéneau-Loquay

CNRS-CEAN.