NetSuds, Cahiers sur les enjeux des technologies de la communication dans les suds

Rôle joué par l’économie informelle dans l’appropriation des TIC en milieu urbain en Afrique de l’Ouest

Annie Chéneau-Loquay
mai 2011

Résumés   

Résumé

L’économie « informelle » concerne des activités directement liées aux évolutions les plus contemporaines. Celles liées à l’insertion des TIC dans les territoires sont autant de manifestations d’une « invention paradoxale de la modernité » [JF Bayart 1994] par rapport au modèle classique universaliste de la modernisation diffusé par l’Occident. Après avoir exposé brièvement ce que l’on entend par « informel » selon différentes approches disciplinaires, on montrera comment l’insertion et l’appropriation des TIC dans les villes Africaines donne lieu à une prolifération d’activités nouvelles de service qui s’incrustent dans le tissu urbain, s’adaptent au faible niveau de revenu des populations et génèrent des emplois plus ou moins qualifiés qui relèvent totalement ou en partie de pratiques informelles. On s’interrogera enfin sur la prolifération de cette « autre économie » expression de la mondialisation

Abstract

The “informal” economy concerns activities directly bound to the most contemporary evolutions. Those related with the insertion of the ICTs in territories are demonstrations of a « paradoxical invention of the modernity » [JF Bayart 1994] with regard to the Universalist classic model of the modernization spread by the West. Having explained briefly what we understand by « informal » according to various disciplinary approaches, we shall show how the insertion and the appropriation of the ICTs in the African cities gives place to a proliferation of new activities of service which are embedded in the urban fabric, adapt themselves to the low level of income of the populations and generate more or less qualified jobs which recover totally or partially from informal practices. We shall wonder finally about the proliferation of this « other economy » expression of the globalization.

Index   

Index de mots-clés : TIC et économie informelle – Afrique de l’Ouest – formes d’appropriation,
Index by keyword : ICTs and informal economy – West Africa - Forms of appropriation,

Texte intégral   

1Selon la définition de l’UNESCO, on entend par technologies de l’information et de la communication, l’ensemble des dispositifs et des systèmes informatiques de stockage, de communication, de traitement et de gestion de données. Elles constituent, d’après Castells (1998), un « ensemble convergent des technologies de la micro-électronique, de l’informatique (machines et logiciels), des télécommunications/diffusion et de l’opto-électronique ». Cette interaction de l’électronique et de l’informatique explique que les applications des TIC puissent répondre aux besoins aussi bien des entreprises et de l’État que des ménages et des individus.

2S’interroger sur le rôle de l’économie informelle dans l’appropriation des TIC dans les territoires africains c’est mettre en évidence un contexte en opposition avec les normes et le modèle occidental qui a conçu et structuré ces TIC1. Au regard des spécificités des pays du Sud, nous défendons l’hypothèse selon laquelle la question des réseaux et technologies de la communication doit être située dans un contexte global, celui d’une « modernisation paradoxale » liée à l’importance de l’économie informelle. En effet, entre la situation des pays développés et celle des pays en voie de développement, il ne s’agit pas seulement d’une différence de niveau de développement des réseaux et services mais d’une différence de nature dans les formes de modernisation2. Cette différence tient aux degrés et aux modalités d’interconnexion des différents réseaux territoriaux. Les télécommunications y compris Internet ne peuvent être étudiées pour elles-mêmes, sans tenir compte du contexte matériel et socioculturel. L’insertion de ces technologies et leur appropriation par les sociétés se font dans ces espaces singuliers selon des modes particuliers qui tiennent au caractère lacunaire des territoires, à la faiblesse des Etats souvent dépourvus des moyens financiers et humains appropriés et à son corollaire, l’importance d’une économie « informelle »3.

3La notion de secteur « informel», terme créé par Keith Hart [Hart, 1995] en 1973, mettait en évidence de façon empirique une dimension d’un phénomène qui allait prendre une ampleur considérable dans les sociétés non développées. Lautier, De Miras et Morice définissent l’économie informelle « comme les actes (ou ensemble d’actes) économiques marchands qui échappent aux normes légales en matière fiscale, sociale, juridique ou d’enregistrement statistique » (Lautier, De Miras, Morice 1991).

4« L’informel » constitue un mode de fonctionnement socio économique dominant des pays africains au sud du Sahara. Il assure des fonctions essentielles dans l’emploi, la production, la distribution des revenus, la satisfaction des besoins, la formation des jeunes, les échanges culturels, etc.

5C’est un phénomène en expansion constante. Dans le modèle de construction d’une économie moderne élaboré dans les années soixante, soixante-dix pour les PMA, le secteur informel était assimilé au secteur traditionnel, il devait progressivement disparaître et être absorbé par le secteur moderne. Or c’est l’inverse qui s’est produit, l’informel a révélé une dynamique d’expansion et de renforcement de son rayon d’action qui laisse penser qu’il continuera durablement à occuper une part importante de la population active. Les raisons en sont complexes. Les contre-performances économiques du modèle étatique postcolonial et les résultats mitigés des politiques d’ajustement structurel qui leur sont consécutives, ont conjugué leurs effets pour consacrer la marginalisation et la paupérisation croissantes de larges couches de la population, qui initient des stratégies alternatives faites d’activités multiformes4

6Le secteur informel est parvenu en 1990 à représenter près des trois quarts de la population active non agricole en Afrique subsaharienne, contre plus des deux tiers une dizaine d’années auparavant. Dans les huit pays de l’UEMOA (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo), pour un PIB estimé en 1998 à 27.000.000 de dollars US, le secteur informel en représentait entre 45 et 75%. (Kante 2002)5

7En 2000, selon les estimations du bureau international du travail, en Afrique francophone, le secteur informel absorbait 61% de la main-d’œuvre urbaine, et était probablement à l’origine de plus de 93% des nouveaux emplois créés au cours des années 90 (Kante 2002)6.

8L’informel concerne des activités directement liées aux évolutions les plus contemporaines. Celles liées à l’insertion des TIC dans les territoires sont autant de manifestations d’une « invention paradoxale de la modernité » (JF Bayart, 1994) par rapport au modèle classique universaliste de la modernisation diffusé par l’Occident.

9Après avoir exposé brièvement ce que l’on entend par « informel » selon différentes approches disciplinaires, on montrera comment l’insertion et l’appropriation des TIC dans les villes Africaines donne lieu à une prolifération d’activités nouvelles de service qui s’incrustent dans le tissu urbain, s’adaptent au faible niveau de revenu des populations et génèrent des emplois plus ou moins qualifiés qui relèvent totalement ou en partie de pratiques informelles. On s’interrogera enfin sur la signification de cette « autre économie »  à une échelle plus globale.

I. SECTEUR INFORMEL ET TIC : LES DIFFÉRENTES APPROCHES

10Les nouvelles technologies de l’information et de la communication constituent une cause importante de l’expansion d’un secteur informel. Les grandes entreprises étrangères qui ont investi dans les télécommunications, soit pour reprendre les anciens opérateurs historiques comme la Sonatel au Sénégal soit pour investir dans la téléphonie mobile, ont des stratégies d’externalisation et de sous-traitance de leurs services pour une recherche de flexibilité permettant de réduire les coûts de la main-d’œuvre, de transférer le coût de fluctuations de la demande, et de limiter le pouvoir des syndicats. La sous-traitance a pour effet d’encourager l’emploi informel, souvent synonyme d’insécurité croissante et de baisse de la protection dans l’emploi des travailleurs.

11Selon Yves André Fauré7, la définition de l’objet informalité alimente une polémique constante et improductive depuis les années soixante dix en sciences sociales en fonction des points de vue. Il s’agit donc simplement ici d’en retenir les traits essentiels pour mieux comprendre ensuite comment les TIC s’insèrent dans cette problématique.

Le terme lui-même in-formel, sans forme, met en avant le point de vue politico- juridique

12Pour le juriste, il s’agit d’un mode de fonctionnement en opposition avec celui du secteur dit moderne ou formel celui qui fonctionne selon les normes du droit. Créé et développé en Occident, le droit a été diffusé dans les pays colonisés puis indépendants mais il est à caractère universel, et donc valable partout et pour tous dans ses principes et plus ou moins adaptable dans ses formes.

13Au contraire l’informel est l’a-normal, qui fonctionne en dehors des lois et/ou en les ignorant. Informel s’applique donc à des activités non ou peu enregistrées et donc difficilement contrôlables par la puissance publique, garante en principe de l’application de la loi.

14Dans une étude pour l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA) en 2002 sur la principale agglomération de sept pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal et Togo), le secteur informel est défini comme l’ensemble des unités de production (UPI) dépourvues d’un numéro d’enregistrement administratif et/ou de comptabilité écrite formelle. Les taux d’enregistrements des UPI dans les différents registres officiels sont très faibles notamment l’enregistrement au fisc (moins de 1% des UPI) (Brilleau et al., 2004).

Pour l’économiste, l’informel est un secteur caractérisé par un certain nombre de critères, celui de la taille étant essentiel

15Selon l’étude du bureau international du travail (Kante, 2002), « A l’origine, le secteur informel servait à désigner les activités de petite taille, essentiellement destinées à procurer des revenus de subsistance aux nouveaux citadins, produits d’un exode rural particulièrement important dans les années 70, marquées par un cycle de péjorations climatiques, de sécheresse, voire de désertification, en Afrique sub-saharienne notamment.

16Par la suite, la notion s’est étendue à l’ensemble des petites activités qui, du fait de leur origine traditionnelle ou de leur caractère récent ou spontané, se sont démultipliées et consolidées en rapport avec le chômage endémique, en progression constante dans les différents pays africains confrontés à la crise économique et aux conséquences sociales des programmes d’ajustement structurel initiés sur le continent au cours des années 80 et 90.

17Les travailleurs et opérateurs du secteur informel exercent, à titre indépendant ou dans un cadre convivial ou familial, des activités ayant des caractéristiques générales communes, à savoir : - capital modeste, -peu de main-d’œuvre qualifiée, -accès limité aux marchés organisés et à la technologie, -revenus faibles et irréguliers, -conditions de travail médiocres ; autrement dit, des activités qui échappent pour l’essentiel aux statistiques officielles et aux réglementations publiques et qui ne bénéficient point des systèmes classiques de protection sociale ».

18Selon l’étude de l’union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (Brilleau et al., 2004), 45% des UPI exercent dans la branche “commerce”, 28% dans la branche industrielle et 26% dans les services. Le BTP représente près de 20% des UPI industrielles. Le commerce informel de détail hors magasin est prépondérant (89%). Du côté des services, les “Autres services” (coiffure et autres services personnels, etc.) représentent 46%, la restauration 23%, la réparation 16%, et le transport 15%.

19Pour Yves André Fauré, aucune définition aucun critère utilisé n’est réellement satisfaisant parce qu’il ne recouvre pas totalement la réalité étudiée et n’aide pas à distinguer pleinement l’informalité des autres formes de production et de troc dans l’espace économique.

20Dans les villes africaines, l’imbrication organique des activités formelles et informelles est quasi permanente qu’il s’agisse des relations commerciales ou de la sous-traitance, ou encore de la circulation des travailleurs d’un secteur à l’autre. Bien des activités classées comme formelles recèlent des poches d’informalité. De nombreuses activités dites informelles ne le sont pas totalement. La plupart des artisans et des commerçants disposent d’un local fixe et paient la patente. Le non-respect de la réglementation concerne surtout les aspects sociaux et fiscaux, ainsi que les conditions d’exercice d’une activité. Les entreprises totalement informelles sont très rares et concernent le plus souvent les vendeurs ambulants qui ne disposent pas de local fixe (Faure, 2005). C’est le cas dans le secteur des TIC pour les vendeurs ambulants de cartes de téléphone pour appareils mobiles qui proposent dans la rue différentes marques.

Pour l’anthropologue, l’informel est un autre mode de fonctionnement économique et social

21Economie populaire, petite production marchande, sont des termes plutôt employés par les sociologues pour qualifier l’économie informelle. Certains auteurs voient dans ces activités « une économie solidaire » appuyée sur des modes traditionnels de sociabilité, (ENDA, N’diaye M., Abdoul M.), d’autres se méfient d’une approche culturelle qui survaloriserait ce secteur alors que son apport au développement est difficile à percevoir  (Meagher, 1996). Philippe Engelhard établit une relation entre pauvreté et exclusion de l’économie moderne : « Des centaines de millions de femmes et d’hommes n’ont ni la compétitivité, ni le savoir normalisé requis pour s’insérer dans les réseaux de l’économie moderne. C’est en cela qu’ils sont pauvres et exclus de la modernité… J’appelle économie populaire ces économies d’échange a priori informelles en réalité structurées par le lien social et la logique de survie » (Engelhard, 1998).

22Certains chercheurs et les médias au Sénégal ont tendance à valoriser (voire survaloriser) l’informel qui devient une véritable culture qui se généralise. Elle ne concerne pas seulement l’économie populaire des pauvres mais aussi une autre économie de réseau puissante, celle d’hommes d’affaire souvent illettrés, relayée par les associations influentes et des appuis au niveau des deux pouvoirs, religieux et politique (Gueye, 2002)8 (Copans, 2000).

23Au Sénégal l’informel serait le « poumon de l’économie avec 60% du produit intérieur brut et premier employeur du pays » (Bangre, 2003). Il jouit d’un lourd poids politique en raison d’une forte structuration du milieu organisé en syndicats comme la puissante Union nationale des commerçants et des industries du Sénégal (UNACOIS). Cette association qui revendique 40000 membres a refusé de payer la TVA et a négocié une fiscalité particulière.

24Son secrétaire permanent décrit ce secteur comme très divers : des petits boulots qui permettent aux familles de survivre (comme les travaux de réparation pour les hommes et la transformation et la vente des fruits et légumes pour les femmes) qui ont un niveau de productivité faible comparé à d’autres entreprises informelles (comme les fonderies fabriquant des marmites, des casseroles ou des ustensiles de cuisine). Il intègre dans le secteur quelques entreprises qui se sont imposées sur la scène internationale comme le Comptoir Commercial Bara Mboup, qui a 25 ans d’existence, importe du matériel électronique et travaille en partenariat avec la société sud-coréenne Samsung. Cette entreprise aurait fait en 2003 un chiffre d’affaires de 20 millions de FCFA.

25Pour l’auteur, il ne s’agit donc plus là seulement d’une économie de survie mais d’un puissant secteur flexible, attractif et dynamique qui est à la fois concurrent et partenaire des entreprises légales.

26Le seul point commun entre toutes ces entreprises est la non reconnaissance légale en raison du non paiement de la fiscalité et des charges sociales.

27Le Sénégal compterait quatre millions de personnes actives, or 250 000 d’entre elles seulement seraient inscrites à la sécurité sociale. Les autres sont donc des travailleurs informels. Cet écart signifie que la plupart des entreprises « font de l’informel ».

28Le sociologue sénégalais Malick Ndiaye, va plus loin. Pour lui cette prolifération de l’informel s’accompagne de la création d’une nouvelle éthique du développement qui aurait remplacé celle du « col blanc », l’esprit « moodu moodu », l’esprit d’entreprise ; celle du self made man, dont le modèle est un jeune venu de la campagne qui a exercé divers petits métiers en ville avant d’immigrer pour faire du commerce et s’enrichir. Souvent adepte de la confrérie Mouride il associe religion, business et mobilité (Ndiaye, 1998).

II. DANS LE SECTEUR DES TIC : UNE ÉCONOMIE INFORMELLE D’UNE GRANDE DIVERSITÉ

29Les données qui suivent sont issues des travaux du réseau Africanti (http://www.africanti.org/résultats) qui étudie les modes d’insertion des TIC en Afrique depuis une dizaine d’années selon une approche socio-géographique qui tient compte de la manière dont se pose le problème à différentes échelles géographiques, pour différents types d’acteurs, du point de vue à la fois des logiques ou stratégies des acteurs et de la matérialité du phénomène, l’ensemble inséré dans un contexte, aujourd’hui celui du mouvement de libéralisation et de mondialisation des économies (Chéneau-Loquay, 2007).

30A l’échelle locale, pour identifier les activités liées au secteur des TIC dans les territoires nous avons élaboré une procédure d’enquête qui associe l’étude de la littérature existante à l’observation empirique (observations, interviews) dont les grandes lignes sont les suivantes : - détermination des lieux à étudier, quartiers urbains en fonction de leurs caractéristiques socio-économiques et géographiques, (quartier central, périphérique, d’affaires, universitaire, résidentiel, classe moyenne, pauvre) situés dans leur contexte global selon l’état du secteur TIC, (électrification, infrastructures, politiques centrale et gestion locale) – identification des activités présentes ; boutiques de vente, lieux d’accès au téléphone à internet, mixtes – études de ces activités, enquêtes auprès des gérants des cybercafés et des boutiques, interviews des vendeurs et réparateurs – interviews d’usagers des cybercafés.

31Nos enquêtes ont porté essentiellement sur trois capitales, Bamako, Ouagadougou en janvier février 2004 et Dakar9 mais aussi Abidjan (Gnamien, 2002). Plus qu’ailleurs en Afrique, l’usage des nouvelles technologies est un phénomène urbain et les modes d’appropriation diffèrent en fonction du niveau socio-économique des populations dans un espace donné mais on peut dégager deux caractéristiques essentielles d’un modèle d’appropriation Africain, qui s’adapte au faible niveau de vie moyen de la population ; l’accès mutualisé au moyen de lieux d’accès au public, associatifs mais surtout privés et  un commerce de produits neufs et d’occasion organisé en réseaux de l’importation à la vente au détail. Du commerce d’importation au petit vendeur ambulant c’est tout un tissu d’activités qui s’est créé en milieu urbain depuis une dizaine d’années.

De l’importation au commerce de détails, des circuits organisés qui s’incrustent dans le paysage urbain

32Les produits informatiques d’occasion, ordinateurs, téléphones portables et leurs accessoires alimentent un nouveau marché créateur d’emplois et de ressources dont s’empare le secteur informel.

33Toute une série d’études ont été consacrées aux commerçants Africains et à leurs circuits informels ou parallèles10. L’Afrique y est considérée comme un espace où les hommes de « l’interface » (Retaillé et al., 1993), commerçants transporteurs, migrants qui animent de puissants réseaux économiques et sociaux transfrontaliers et souvent illégaux jouent un rôle déterminant (Grégoire et al., 1993). Mais il existe peu de données sur ce commerce particulier plus récent des outils électroniques.

34Une étude d’une équipe d’urbanistes de l’université de Harvard parue en 2000 montre que les grands commerçants Ouest-africains du Nigéria, du Sénégal sillonnent la planète entre les centres de l’économie mondiale, les relais du Golfe comme Dubaï, et les grandes villes africaines pour trouver et écouler des produits électroniques bon marché. Depuis dix ans les lignes aériennes ont considérablement augmenté la fréquence de leurs vols entre Dubaï et les principales zones commerciales subsahariennes de Johannesburg, Lagos, Nairobi. Le trajet entre Lagos et Dubaï est surtout fréquenté par le businessman Igbo, marchand de pièces détachées, attirés par l’énorme marché secondaire d’ordinateurs, de matériels périphériques et autres produits électroniques d’occasion de Dubaï. Les marchandises d’occasion génèrent plusieurs cycles de recyclage et de récupération des produits. A Alaba en périphérie de Lagos,un énorme marché électronique international s’est créé spontanément dans un no man’s land entre des autoroutes. Décrit officiellement comme un secteur « inorganisé », le marché incluait à la fin des années 1990, 50 000 commerçants avec un chiffre d’affaires net de plus de deux milliards de dollars par an. Alaba est devenu le plus important marché électronique d’occasion et de recyclage du continent (75% pour l’Afrique de l’Ouest) (Koolhaas, 2000). Selon l’étude d’une ONG qui milite pour le recyclage des déchets (Basel Action Network, 2005, http://www.ban.org/) une moyenne de 500 conteneurs de matériel informatique arrivait chaque mois en 2005 dans le port de Lagos dont 75% serait inutilisable et jeté sans précaution induisant une pollution de l’environnement par des matières dangereuses (plomb, mercure…).

35Le marché Sandaga au centre de Dakar illustre aussi l’efficacité d’agents considérés comme marginaux, informels ou illégaux par rapport au concept traditionnel de l’économie classique. Le centre de Dakar est sous leur emprise. La « croissance effrénée » (Ebin, 1992) du marché Sandaga depuis  1986 date à laquelle le gouvernement a cessé de protéger les produits manufacturés sénégalais, en fait une véritable plaque tournante régionale où se vendent toutes sortes de matériels électroniques, du poste radio au téléphone portable et jusqu’à l’ordinateur, importés de manière plus ou moins licite, de Dubaï Hong-Kong, New-York et, essentiellement par les commerçants de la confrérie Mouride qui contrôlent depuis les activités d’importation (Copans, 2000, Ebin, 1992). Victoria Ebin décrit comment une famille de grands commerçants mourides travaille à partir de son quartier général, le magasin d’électronique de Sandaga, centre d’opérations, foyer de leurs réseaux internationaux. Elle souligne le rôle clé joué par des revendeurs « personnages semi clandestins appellé nyuro-man, poisson qui se déplace sur les fonds marins pour chercher sa nourriture », il plonge dans les profondeurs de Sandaga pour trouver les clients et les objets qu’ils désirent.

36Les boutiques de vente des ordinateurs bon marché, recyclés et d’occasion se trouvent aujourd’hui surtout sur l’avenue Blaise Diagne et les rue adjacentes du quartier central pauvre de la Médina. Mais l’analyse précise de ces filières d’approvisionnement et de distribution reste à faire.

37L’usage du téléphone en Afrique s’est développé surtout au cours des dernières années en relation avec l’ouverture du secteur des télécommunications à la concurrence, mais les disparités sont encore très profondes entre les pays et au niveau interne. Depuis l’explosion de la téléphonie mobile, 72% des téléphones utilisés sont de ce type (IUT, 2007), des petits métiers se sont créés pour répondre à des besoins de services au détail et  de proximité des usagers. La vente au détail crée de nouvelles formes d’appropriation de l’espace urbain à la fois par la multiplication des boutiques et kiosques de ventes et par l’utilisation de groupes de jeunes commerçants ambulants dans les métropoles.

38Les nouvelles sociétés de téléphonie ont sous traité la distribution à de petits opérateurs qui peuvent avoir une boutique et envoient dans les rues de jeunes garçons qui ne sont recensés nulle part et très mal payés en fonction de leurs résultats (enquêtes en janvier 200411). De véritables bataillons de vendeurs ambulants se faufilent dans la circulation pour proposer aux carrefours des grands axes de circulation des cartes de téléphone pré payées ; ils seraient 300 à Bamako. A Ouagadougou, actuellement, des centaines de jeunes ont trouvé un petit emploi (ventes et réparation de téléphones portables, ventes des cartes de recharge téléphonique et même services de recharge électrique au centre-ville (Ouedraogo, 2003)12.

Vendeurs de cartes pré payées à Dakar, septembre 2007

39Nous avons mené une enquête dans un quartier près du port de Dakar où se sont multipliées les boutiques de ventes liés à la téléphonie mobile. Là l’image de la confrontation formel-informel est saisissante.

40106 petites échoppes, dont 4 de restauratrices (dites localement cantines) de 4 m2 chacune, faites en bois, se sont ouvertes il y a dix ans et sont toutes dédiées à la vente de téléphones mobiles de toutes marques et de leurs accessoires. Elles sont installées contre le mur de l’immeuble ultra moderne qui abrite les bureaux de l’opérateur de mobiles de la Sonatel, Alizee devenu Orange cette année, ceci pour pouvoir capter les clients de l’opérateur. Alizée a porté plainte contre ces revendeurs en vain jusqu’à déplacer lui-même ses activités de vente et d’abonnement fin 2006.

41Selon nos interlocuteurs, (10 interviews de patrons et 20 d’employés revendeurs) ces boutiques se louent 30000 voire 35000 FCFA par mois. Une patente est payée à la mairie (2000 à 3000 F par mois), il s’agit donc d’entreprises légales mais avec un mode de fonctionnement informel. Les marchandises ne sont pas déclarées ni taxées, un patron occupe la boutique et utilise un à trois revendeurs qui vendent des téléphones dans la rue ou qui amènent le client à la boutique. Les prix des téléphones varient selon les modèles, de 25000 F le plus simple à 600000 pour les modèles les plus sophistiqués. Patrons et revendeurs sont sauf exception liés par des liens familiaux. Les téléphones de toutes marques neufs et d’occasion arrivent au port de Dakar par conteneurs, sont décodés et recodés par des informaticiens locaux et les abonnements proposés sont vendus au tarif le plus faible, celui réservé aux étudiants.

Une cantine de vente de téléphones et accessoires (Dakar septembre 2007)

42Les gains sont répartis selon le bon vouloir du patron et le chiffre d’affaire du jour sans qu’aucun contrat ne soit signé, ni aucun tarif fixé à l’avance.

43Un autre exemple de ce type de commerce informel de détail hors magasin est donné par le bulletin d’information sur les TIC en Afrique, Balancing act qui reprenait le 3 novembre 2006 une information du journal le Patriote de Douala au Cameroun.

44Depuis mercredi 11 octobre, les policiers du commissariat central n°1 de Douala et les « tacleurs » (commerçants de téléphones portables) sont au coude à coude au « Carrefour Dubaï ». A l’origine de la discorde : la décision sous-préfectorale N° 170/D/C19/01/SP portant « interdiction de tout rassemblement, tout stationnement et toute installation à des fins de négoce sur la voie publique ». Le lieu dit « Carrefour Dubaï » est situé à l’intercession entre le boulevard de la Liberté et la rue Castelnau. Depuis environ quatre ans, un marché de téléphones portables s’y est développé. En dehors des boutiques régulièrement installées, l’on y trouve des échoppes qui proposent des téléphones portables et des accessoires. L’on trouve plusieurs catégories de « tacleurs ». Les commerciaux travaillent pour les différentes boutiques et gagnent 200 Fcfa par client. Ensuite, viennent les receleurs chargés de revendre les téléphones volés. Puis les réparateurs de téléphones, chargés de remettre en marche des téléphones qui sont par la suite revendus. Au bout de la chaîne, on a les vendeurs d’accessoires de téléphones. «  Les téléphones neufs et de bonne qualité proviennent en majorité de Dubaï et de d’Europe », explique Alain, « tacleur ». Il continue ses explications : « des téléphones volés par les enfants de la rue sont récupérés et proposés aux clients. » Un téléphone acheté à 15 000 Fcfa peut être revendu à 20 000 Fcfa, voire plus si le client se laisse berner. Les bénéfices sont importants, quand la « marchandise » est écoulée (Balancing act nov 2006).

Des accès mutualisés

45L’accès collectif ou mutualisé reste encore après dix ans de développement, la principale forme d’accès au téléphone et au web en Afrique ; on peut parler à ce propos d’un modèle spécifique Il répond aux besoins d’une population aux faibles revenus.

46Il se présente sous des formes très différenciées. On peut retenir les deux facteurs déterminants, niveau de revenu et situation géographique, mais il faut y associer d’autres spécificités locales telles que la qualité des infrastructures et de la régulation du secteur.

47Autre forme de service informel, ni autorisée ni interdite, les petits tabliers sur le trottoir où se loue un téléphone mobile; ils prolifèrent à Abidjan, à Libreville ou à Yaoundé parce que les télécentres à ligne fixe sont rares, on ne les trouve pas à Dakar.

48Il a été dénombré 377 points phones dans la seule commune du plateau à Abidjan en juin 2002. Sur le mince étal rudimentaire installé sur le trottoir, on vous prête un appareil pour communiquer à un tarif inférieur à celui que vous paieriez avec votre propre appareil.  Cette possibilité existe à Abidjan parce que deux sociétés privées de téléphonie mobile sur trois, Télécel et Orange, accordent des tarifs préférentiels à leurs gros clients qui les destinent à leurs employés. Les appareils se retrouvent alors entre les mains d’un parent qui est chargé d’en faire un commerce privé en s’installant en des points différents de la ville selon les moments de la journée ; au centre au moment des heures de pointe du matin, dans les zones d’affluence, gares routières, stations de taxis, à l’heure de rentrée des bureaux. Cette pratique des points phones cellulaires crée une activité informelle qui s’ajoute à la pléiade de petits métiers déjà existants. La téléphonie mobile occupe ainsi l’espace public de façon anarchique ; les espaces de circulation ; rues, trottoirs, places, carrefours, les parcs et jardins, les marchés, les gares routières. En outre, la prolifération sur les mêmes lieux d’une pléthore de petits kiosques de vente des cartes pré payées13 encombre encore davantage l’espace de circulation (Gnamien, 2002)14.

49Le petit kiosque pour un téléphone fixe et les multiples télécentres de toutes tailles, équipés d’un où plusieurs postes sont partout jusque dans les plus petites villes au Sénégal, seulement dans les villes principales au Mali ou au Burkina (75% à Ouagadougou). Le Sénégal a joué un rôle de pionnier avec la création de boutiques privées donnant accès au téléphone dès 1992 (Chéneau-Loquay et Diouf, 1998) (Zongo, 2000)15.

50Dans ce pays, 75% de la population est aujourd’hui accessible grâce à un téléphone fixe situé à moins de 5 km du domicile. 17.000 lignes publiques sont disponibles dont presque 50% en dehors de Dakar et génèreraient quelque 30000 emplois selon l’agence de régulation des télécommunications (http://www.artp-senegal.org). Les télécentres sont répartis le long de tous les axes routiers. En principe le local doit être de douze m2 au moins, mais cette règle n’est pas respectée. Le téléphone n’est plus une technologie nouvelle. A travers la forme d’accès originale et populaire que constitue le télécentre16, il s’est développé une culture moderne de la communication qui a préparé l’arrivée d’Internet.

51Aucun autre pays d’Afrique n’atteint un tel niveau d’équipement en dehors des grandes villes. Au Burkina Faso, le téléphone est très peu connu dans les villages mis à part quelques projets d’ONG (Nyamba, 2000), au Mali des efforts sont faits, mais partout la téléphonie rurale est le défi, la dernière frontière.

Pour l’accès à Internet

52Dans les centres villes des capitales, centres d’affaire de Dakar ou d’Abidjan ou de Libreville se trouvent les cybercentres « high tech » fréquentés surtout par les touristes, les étrangers, les hommes d’affaire, les étudiants. Plus on va vers les quartiers pauvres et dans les petites villes, plus les télé et cybercentres privés se raréfient, quelques accès communautaires associatifs les remplacent  Les petites boutiques à services divers dont un ou deux ordinateurs connectés sont les systèmes les plus répandus dans les quartiers d’affaire et dans les zones résidentielles. A Dakar ils s’encastrent dans les quartiers de la classe moyenne et font désormais partie du paysage au même titre que la boutique ou le kiosque à pain. (Chéneau-Loquay, 2004).

53Le secteur des petits accès répond à la forte demande d’accessibilité et de proximité de la population. Qui dit secteur informel dit réduction des coûts, on casse les prix en compensant dans d’autres services, ventes de matériels, photocopie, photographie (Chéneau-Loquay, 2000 – Ouedraogo, 2002 – Guignard, 2002).

54Ces établissements relèvent partiellement de l’informel car ouvrir un télécentre pour donner accès au téléphone comme un cybercentre pour donner accès à internet demande de louer une ligne, de payer ses factures et donc d’être enregistré auprès au moins du fournisseur d’accès. Ce sont des activités qui doivent avoir une bonne visibilité pour attirer les clients. En fait, les pratiques d’informalité se situent surtout au niveau des modes d’exploitation des entreprises et de la gestion du personnel.

Un fonctionnement aléatoire

55Ces activités sont très fragiles, petits métiers individuels, micro entreprises ou même boutiques ont une durée de vie souvent courte (quelques mois rarement plus de deux ans) car la concurrence est rude et le taux de rentabilité faible étant donné les coûts de l’investissement et du fonctionnement associés à des modes de gestion souvent approximatifs. En outre, les prix sont fixés très bas souvent à peine au dessus des coûts de la liaison téléphonique ou ADSL pour attirer une clientèle peu solvable et contrer la concurrence (200 FCFA, 30 ctm d’euros en 2007 à Dakar).

56Selon nos enquêtes, une vague de création de boutiques a eu lieu en 2001 2002 puis s’est terminée en 2003-2004 et les fermetures se sont multipliées aussi bien à Dakar qu’à Bamako et qu’à Ouagadougou.

57Il y avait selon nos estimations début 2004, une soixantaine de cybercentres à Bamako mais avec un taux de mortalité très élevé et une courte durée de vie. La plupart sont de très petite taille et il en existe trois à cinq très grands dans le quartier commerçant du centre (à proximité de l’opérateur SOTELMA qui fournit la connexion). La plupart des villes secondaires ont au moins un télé-cybercentre mais qui souffre de problèmes de connexion, de prix élevés et de fréquents problèmes de coupure d’électricité.

58A Ouagadougou la plupart des boutiques qui avaient proliféré entre 2000 et 2002 ont fermé. Il restait en 2004 une trentaine d’établissements et seuls les plus grands avec au moins vingt machines apparaissaient viables, à condition d’associer d’autres activités annexes à la fourniture d’accès. Dans cette ville, les quelques établissements bien équipés, quatre ou cinq, vivent grâce à une clientèle bien particulière, celle des Nigérians qui sont très assidus pour organiser grâce au web depuis le Burkina toutes sortes de trafics (Chéneau-Loquay, 2004)17.

59Désormais se pose la question de l’accès au haut débit qui implique de nouveaux équipements et va créer de nouvelles inégalités. Au Sénégal, les boutiques se sont équipées et on note une reprise des installations grâce à une politique de baisse des prix de la part de la société de télécommunications ce n’est pas aussi net ailleurs.

60Les raisons d’une telle fragilité tiennent à la fois à des contraintes structurelles, à la conjoncture actuelle d’un système de télécommunication en transition et surtout au mode particulier de fonctionnement de l’informel. On peut les caractériser à grands traits.

61Le manque d’infrastructure de communication en dehors des villes principales et la mauvaise qualité de la connexion liée à l’étroitesse de la bande passante nationale ou à des liaisons par le réseau téléphonique sont les premiers obstacles.

62Même à Dakar où le réseau est numérisé et les prix relativement bas, 70% des accès se faisaient par liaison classique RTC en 2003, alors que la capitale monopolise 90% des liaisons à large bande (Guignard, 2004). Au Mali par contre et au Burkina la qualité des liaisons pose problème. A cela s’ajoutent les coupures d’électricité.

63Les coûts élevés de la connexion et des équipements informatiques en valeur absolue font de l’Afrique un continent où « tout est plus cher qu’ailleurs ». Si en principe la connexion peut se faire au tarif local, les fournisseurs d’accès hésitent à aller dans les centres secondaires, surtout au Burkina et au Mali où les coûts particulièrement élevés de la communication locale et internationale sont dus en partie au monopole de l’ONATEL et de la SOTELMA. Le prix d’achat d’une unité de travail complète équivaut à une année de salaire d’un cadre supérieur de la fonction publique au Burkina.

64Un approvisionnement en ordinateurs d’occasion récupérés, puis recyclés existe localement mais la qualité du service s’en ressent. Pour les logiciels, très rares sont les entreprises qui les achètent, ils sont tous piratés ce qui entrave le développement des logiciels libres qui répondraient pourtant bien aux besoins des petites structures et des petits budgets.

65Les formes de gestion sont diverses et s’inscrivent dans les relations sociales et dans la culture locale.

66Le manque de compétences, l’absence de personnel qualifié et de connaissances en gestion est général surtout pour les petites boutiques, les plus nombreuses, disons avec moins de dix ordinateurs. Selon nos enquêtes à Ouagadougou, Bamako et Dakar le cas de figure type diffère selon la taille de l’établissement ; plus il est petit et mixte, (un ou deux téléphones, de un à cinq ordinateurs un fax un photocopieur) moins le propriétaire ou le gestionnaire sont spécialisés et plus l’affaire est familiale.

67Mis à part dans les quelques grands cyber centres high tech des centres villes et quartiers d’affaire, la plupart des propriétaires sont sans qualification particulière en informatique, la fourniture d’accès s’ajoute à leurs autres activités et ils ignorent tout des techniques de marketing. Nos enquêtes au Sénégal montrent que les entrepreneurs ont vu dans l’arrivée des TIC une opportunité de gagner de l’argent rapidement sans un investissement très élevé. Ils acquièrent le matériel eux-mêmes ou souvent par le biais d’un parent immigré qui investit, le rôle des immigrés dans ce secteur est fondamental.

68La recette recueillie au jour le jour peut servir à des besoins immédiats et si les factures de télécommunications ne sont pas payées, la ligne est coupée. Le personnel est formé de jeunes souvent de la famille qui sont très peu ou pas rémunérés et travaillent de longues journées sans congés sans protection sociale (entre 40 à 55 euros  par mois) (enquêtes 2005, 2006 Burkina-TIC 2006, Aden 2007). Ces jeunes sont capables de montrer comment ouvrir sa boite et naviguer mais vont rarement au-delà.  Rares sont ceux qui ont reçu une formation solide en nouvelles technologies. Pourtant, ces nouveaux médiateurs qui font l’interface entre l’outil et l’usager, nouveaux scribes modernes, jouent un rôle crucial en permettant aux personnes qui ont des difficultés ou qui sont analphabètes, comme les grands commerçants mourides du Sénégal, d’avoir accès au réseau (Lafitte, 2001).

69L’absence de normes techniques et juridiques pèse tout particulièrement quand il s’agit de matériel de haute technologie comme les ordinateurs. Le défaut de maintenance est le problème lancinant du sous développement, il est particulièrement crucial dans ce domaine où le matériel vieillit d’autant plus vite qu’il est soumis à de dures conditions climatiques ; rares sont les établissements climatisés étant donné le coût élevé de l’électricité. Au quotidien les coupures répétées de courant électrique (de quelques secondes à plusieurs dizaines d’heures) ou du réseau téléphonique, ou de la ligne à haut débit, les onduleurs ne parvenant pas à réguler proprement le courant, les générateurs arrêtés parce que trop coûteux, les ordinateurs en panne, la multiplication des virus informatiques etc. sont des problèmes très courants. Des réseaux d’installateurs, des entreprises de services de maintenance distribuant pièces détachées équipements et consommables peuvent exister mais sont peu utilisés dans les petites boutiques. Les personnes physiques ou morales qui cherchent à acquérir de telles techniques n’ont pas toujours une existence juridique pour pouvoir bénéficier de prêts, ou encore avoir des recours si l’équipement fonctionne mal. Le système informel est caractérisé par l’absence ou la faiblesse du capital dans le processus de production, et par un sous investissement chronique. La faiblesse des possibilités d’emprunts inhibe la capacité d’accumulation du secteur.

70Nos enquêtes récentes sur le fonctionnement des lieux d’accès publics au Burkina, en Guinée en RDC montrent que le fonctionnement correct  de toutes les composantes dans la durée est l’exception plutôt que la règle.

71La déficience de ces conditions de droit entraîne des pannes du matériel et la fermeture des entreprises incapables de faire face aux dépenses nécessaires. D’autres les remplacent là où la demande existe.

72Mais au delà d’un catalogue des disfonctionnements, il faut chercher les raisons profondes qui entravent le bon fonctionnement de ces activités et leur pérennité dans la nature même de l’économie populaire.

73Des recherches effectuées sur des systèmes d’accès aux TIC installés par l’ONG ENDA dans des quartiers populaires de Dakar montrent bien l’inadaptation de modèles qui viennent de l’extérieur par rapport à un mode de fonctionnement d’une économie populaire où la logique sociale compromet la logique économique et financière (ENDA, 2004)18.

74L’étude montre que la gestion communautaire ou familiale dans des contextes de pauvreté reste totalement dominée par les logiques sociales et les jeux de rapports de force entre acteurs autour de la répartition des ressources. Cette forme de gestion correspond au mode de gestion de l’économie de survie où la priorité est donnée d’abord aux personnes et à la résolution immédiate des problèmes quotidiens. Les décisions élaborées dans l’espace « formel » défini par le projet au départ, ont été remises en cause de façon quotidienne par une négociation entre acteurs pour une redistribution immédiate des ressources générées. La redistribution des ressources générées dans le projet en question a également concerné les personnes ressources et morales, soit à travers du crédit non remboursé, des services délivrés (notamment le téléphone), soit des prêts personnels consentis pour faire face à une urgence (maladie, difficultés familiales, décès…).

75« A cause de leur environnement, les Centres de ressources communautaires installés n’ont pas réussi à sortir d’une logique communautaire redistributive : des ressources ont été générées mais leur affectation sociale (aide individuelle immédiate et pour le développement local communautaire) a limité les capacités d’accumuler des fonds propres en mesure d’élargir les capacités techniques. Comme l’artisanat de survie qui croît en termes de personnes  employées, les CRC aussi ont tendance à « employer » toute une équipe de gestionnaires, assistants, permanents pour le télécentre, souvent non productive, et qui vient élargir le cercle des « ayants droits » à l’accès aux ressources ».

76Les CRC ont ainsi davantage obéi aux règles et pratiques de l’économie populaire : ils ont été considérés comme des activités génératrices de revenus « pour tous », c’est à dire comme un bien commun dont chacun est en « droit » de recevoir les fruits.19

77D’une manière générale en Afrique de l’Ouest, et au Sénégal tout particulièrement le mode de fonctionnement « informel » est très structuré. Les formes d’organisation sociale urbaines se construisent autour de multiples réseaux sociaux. Dans cette société en « grappe », comme le dit Emmanuel Seyni Ndione20, on multiplie les réseaux, tels des tiroirs que l’on peut actionner quand besoin est. Cela fonctionne à tous les niveaux, financier, affectif. Chacun est incité à produire, à trouver des moyens pour nourrir son réseau, et en contrepartie le réseau vous nourrit. Etre pauvre en wolof c’est être orphelin alors que la richesse se mesure plutôt à l’étendue des relations sociales qui donne par exemple la capacité de mobiliser des fonds rapidement (Engelhard, 1998).

CONCLUSION

78Dans la période euphorique des années quatre-vingt-dix où les organisations internationales prônaient de brûler les étapes, certains ont pensé que les TIC étant donné leur relative dématérialisation, pouvaient s’abstraire des contraintes spatiales et organisationnelles  (PNUD, 2001).

79Alpha Oumar Konare le Président du Mali a déclaré lors du colloque sur Internet en Afrique en 2000 qu’il rêvait de connecter à Internet toutes les nouvelles communes du Mali pour mieux administrer des territoires dépourvus de réseaux matériels ; Il s’est avéré depuis qu’un équipement numérique des territoires même au moyen de technologies sans fil comme le préconise l’Union internationale des télécommunications, (UIT), demande un certain nombre de conditions matérielles, de compétences et d’organisation. Les systèmes matériels sont défaillants parce qu’ils ne répondent pas à des normes techniques et organisationnelles pour fonctionner dans la durée. Au niveau de l’équipement du territoire pour construire et pérenniser un réseau, il faut du personnel bien formé, des travaux de génie civil, donc des cartes à jour, des corps de métier différents qui coopèrent, une bonne coordination (pour éviter que d’autres travaux ne détruisent accidentellement le réseau), un entretien régulier pour le maintenir en bon état, une certaine citoyenneté (les réseaux filaires sont vulnérables, aux voleurs de cuivre, métal relativement cher), un système politique suffisamment stable et des corps de techniciens compétents pour choisir, prévoir et planifier les infrastructures.

80La défaillance de ces conditions, de cet état du droit, a pour conséquence le fait que les territoires africains se caractérisent par la dualité, l’hétérogénéité ; espaces en réseaux et espaces hors réseaux coexistent et les inégalités spatiales reflètent la faiblesse de l’Etat et de profondes inégalités sociales. Partout c’est une grande partie, voire une majorité, de la population qui vit en dehors des règles du droit économique et de l’emprise des réseaux matériels. La téléphonie mobile moins sensible aux contraintes spatiales et organisationnelles s’adapte cependant mieux aux inconvénients de l’informel et est un indéniable succès en Afrique.

81Selon Alain Gras ou Manuel Castells21, l’Afrique est écrasée sous le poids des technologies occidentales, or une analyse plus complexe montre que pour répondre à leurs besoins les économies populaires développent sur des bases claniques des stratégies qui mixtent au quotidien les outils et les processus à la fois modernes et traditionnels où les catégories du licite et de l’illicite n’ont pas cours. La prolifération d’activités nouvelles liées aux TIC et leurs modes d’appropriation illustrent tout particulièrement comment se créée dans les PMA une autre économie, sur la base d’une autre modernité « paradoxale ».

82Du point de vue économique, Serge Latouche résume bien le problème quand il écrit « L’Afrique subsaharienne représente moins de 2 % du PIB mondial et, dans ce moins de 2 %, on trouve un premier géant, l’Afrique du Sud, et un second en termes financiers et d’exportation, le Nigeria, grâce à ses ressources pétrolières. Cela signifie que, pour 600 à 700 millions d’Africains, il ne reste rien ; mais, depuis Raymond Devos, on sait que trois fois rien c’est quand même un petit quelque chose ! Donc, si les gens vivent alors qu’ils n’ont rien, c’est qu’ils vivent en dehors des logiques de l’économie, ce qui, pour l’économie, est totalement aberrant. »22

83Du point de vue de la géographie, la mondialisation portée par les NTIC s’exprime aussi par des recompositions territoriales inédites ; les lieux d’accès au téléphone et au web, les lieux d’achat d’accessoires du numérique sont de nouveaux espaces urbains de convivialité et de transactions, de nouveaux marqueurs du territoire. Mais au delà, les NTIC font naître un nouveau modèle de ville, la « ville monde informelle » comme celle d’Alaba au Nigéria près de Lagos. Née de l’immense marché international spontané des produits numériques et située dans un non lieu entre des bretelles d’autoroutes, Alaba est reliée aux « villes globales » du  monde entier et témoigne de la vitalité de modes d’inclusion dans la mondialisation sous des formes totalement déviantes par rapport au modèle occidental. Elle défie les critères de l’organisation de l’espace et de la gestion classique d’une ville, son organisation sociale repose sur des flux qui dépassent la logique d’un lieu particulier, elle échappe au contrôle socio-politique de la société nationale locale. Pour l’urbaniste Rem Koolas qui a étudié les villes extrêmes sur différents continents, Alaba ne serait pas une exception Africaine mais le paradigme du modèle futur de la « ville monde » produite par la société de l’information23

8423  KOOLHAAS R., 2000, Lagos, Harvard project on the city,  in Mutations, ACTAR, Arc en rêve Centre d'architecture, Bordeaux.

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Notes   

1  Le système technico-économique diffusé par le modèle occidental est par définition formel, L'État le droit et les grands systèmes techniques ont été jusqu'à nos jours intimement liés; ces relations ont été le support de la diffusion de la modernisation au niveau mondial. Tocqueville le premier, dans La démocratie en Amérique, a souligné comment, grâce à un mélange de codes juridiques, à la construction de réseaux techniques, à la nationalisation des ressources minières, l'Etat avait accentué son emprise sur le territoire et sur les individus. En même temps que se développait l'économie capitaliste, l'idée d'universalité et d'homogénéité territoriale était associée à celle de droits de l'homme. Il ne s'agissait pas seulement de mettre en place des infrastructures mais d'un processus beaucoup plus complexe qui impliquait un développement cohérent d'appareils à la fois techniques et institutionnels.

2 Même si l’informel existe dans les pays développés, il reste marginal, il ne phagocyte pas le fonctionnement d’ensemble. Cette position va à l’encontre d’une pensée dominante qui tend à nier les différences Nord-Sud en raison d’un échec des explications dépendantistes, développementalistes et culturalistes, en se référant aux pays d’Asie et d’Amérique latine (cf. J. Lévy, 1999, 229).

3  Nous avons développé cette hypothèse en analysant les relations entre l’Etat le droit et les réseaux en 2001, puis comment les TIC sont compatibles avec l’économie informelle en 2006. Il s’agit ici de préciser la place et le rôle de cette forme d’économie dominante dans les modes de diffusion des TIC.

4  L'échec de la création de l'Etat de droit tient à des causes liées à la politique coloniale, à la manière dont le modèle a été appliqué; inégalités entre les personnes, diachronie entre construction territoriale et évolution sociale, économie de prélèvement extravertie sans implication générale des populations d'où une incapacité des nouveaux dirigeants à financer les institutions et la modernisation tandis que le secteur privé national est embryonnaire. Voir Annie Chéneau-Loquay, « Les relations entre l’Etat le droit et les réseaux sont elles indispensables dans le processus de modernisation »,  Terminal. 2001.

5  Basé sur une étude de Jacques Charmes citée dans un rapport du BIT de 2002. (voir la référence en bibliographie)

6  Kanté S., Le secteur informel en Afrique, Vers la promotion d’un travail décent, BIT, 2002.

7  Yves André Fauré est l’un des spécialistes de cette question. Voir « A respeito de alguns desafios contemporâneos da informalidade económica., Aproximando a África Ocidental e o Brasil », 2005.

8  Cheikh Gueye, dans son travail sur Touba la ville sainte des Mourides, montre la confrontation constante entre les religieux et les politiques et les hommes d’affaire dans un jeu complexe où les intérêts sont très imbriqués.

9  Enquêtes personnelles et plusieurs mémoires depuis 2002.

10  Depuis le début de la décennie 1990, avec les textes fondateurs d'une approche du "politique par le bas" réunis par Jean François Bayart (dir), La réinvention du capitalisme, Les trajectoires du politique, Karthala, Paris 1994. Voir l'article bilan de François Constantin, "L'informel internationalisé ou la subversion de la territorialité" qui fait le point sur "les outils de l'analyse politique" pour explorer les modalités des transactions produites par le télescopage de dynamiques novatrices que ce soit dans l'informel des économistes, la transnationalité des internationalistes et les réseaux de différentes disciplines des sciences sociales.

11  Enquêtes personnelles avec les UFR de sciences économiques des universités de Bamako et de Ouagadougou en janvier 2004. Le prépaiement est avantageux à la fois pour l'opérateur qui récupère son argent d’avance, mais aussi pour les utilisateurs qui souhaitent, - limiter leurs dépenses, - ont envie de garder l’anonymat, - ne répondraient pas aux conditions requises pour bénéficier d’un service à post-paiement et, surtout, en raison de la durée de validité d'une carte. Son intérêt vient du fait que le téléphone est peu utilisé pour appeler mais beaucoup plus pour recevoir des appels, des SMS et aussi pour « bipper » quelqu’un, une pratique très répandue dont le jeu consiste à essayer de ne pas appeler en premier.

12  

13  Ce type d’abonnement représentant entre 83 et 91% des clients des trois opérateurs de mobile ivoiriens

14  Voir Guy Gnamien, Différentiation des accès et usages des NTIC dans la ville d’Abidjan : l’exemple de la téléphonie mobile, mémoire de DEA en géographie, Bordeaux III, 2002, A. Chéneau-Loquay (dir). voir sur le site http://www.africanti.org/résultats.

15  Chéneau-Loquay A., Diouf P., 1998.

16  Pour éviter les confusions, on convient d’appeler ici télécentre, un établissement donnant accès au téléphone, télé-cybercentre un établissement mixte, donnant accès à la fois au téléphone et à Internet et cybercentre un espace dédié à Internet. Le terme de cybercafé est exclu car il est abusif, rares sont les boutiques qui sont en même temps des cafés.

17  et enquêtes personnelles 2005.

18  Organisations Populaires et Technologies de l’Information et de la Communication (phase II) : Ancrage Economique, rapport  technique final, Mars 2002-Juin 2004, ENDA Cyberpop.

19  Organisations Populaires et Technologies de l’Information et de la Communication …

20  Enda Graf Sahel, Une Afrique s’invente…

21  GRAS A. 1993, Grandeur et dépendance, sociologie des macro-systèmes techniques, CASTELLS M., Le pouvoir de l’identité…

22  Invité Serge Latouche, Revue Urbanisme n°346, janvier-février 2006 pp 75-83

Citation   

Annie Chéneau-Loquay, «Rôle joué par l’économie informelle dans l’appropriation des TIC en milieu urbain en Afrique de l’Ouest», Les cahiers de NETSUDS [En ligne], Sociétés africaines de l'information : illustrations sénégalaises, numéros en texte intégral, mis à jour le : 10/05/2011, URL : http://revues.mshparisnord.fr/netsuds/index.php?id=219.

Quelques mots à propos de :  Annie Chéneau-Loquay

Directrice de recherche au CEAN/CNRS-IEP de Bordeaux, 11 allée Ausone, Domaine Universitaire, 33607 Pessac cedex, responsable du programme Africa’nti (http://www.africanti.org), coordinatrice du Groupe de recherche international Netsuds, (http://www.gdri-netsuds.org), A.cheneau-loquay@sciencespobordeaux.fr