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Présentation / Apresentação

Mariana LEAL DE BARROS et Romain BRAGARD
septembre 2015

Index   

Anthropologie et psychanalyse : débats et pratiques

1L’appel à communication pour ce numéro (voir la rubrique ci-contre), se présentait comme une provocation. Dans son titre, L’inconscient freudien : « en-trop-au-logis » du corps ?, deux idées s’affirmaient et révélaient une impasse. D’une part, nous avancions qu’avec la découverte de l’inconscient la psychanalyse réalise depuis plus de cent ans une anthropologie du corps. D’autre part, ce titre supposait qu’en maintenant la psychanalyse à distance, l’anthropologie risquait le paradoxe de se préserver de l’altérité. Ignorant la division du sujet, c’est l’étrangeté la plus fondamentale qu’elle tendrait à forclore. Pointant un certain nombre de malentendus et d’évitements entre les deux disciplines, nous invitions des chercheuses et des chercheurs qui font usage de la psychanalyse pour penser la vie humaine à témoigner de leurs réflexions et pratiques. Avant de présenter rapidement le contenu du numéro, nous tenons à les remercier non seulement pour la richesse, la qualité et la diversité de leurs travaux, mais aussi pour la bienveillance et la générosité avec laquelle chacun.e d’elles/eux a collaboré à ce travail collectif. Nous remercions aussi les auteurs dont les textes n’ont pas été publiés ainsi que les rapporteurs. Leurs traces demeurent dans les plis de l’ouvrage.

2Miguel Bairrão propose une réflexion, à la croisée des pratiques ethnographiques et psychanalytiques, qui s’inscrit dans un débat profond sur les ressorts du langage dévoilés par Freud et relus par Lacan. L’auteur centre son attention sur le non-savoir dans la relation à l’Autre et sur ses conséquences méthodologiques dans l’étude ethnographique. Françoise Jandrot reprendra la discussion sous un angle différent. Répondant à la provocation du titre de l’appel à contribution par une autre provocation, l’auteur met en garde sur les impasses qu’implique la perspective d’une psychanalyse intégrée aux sciences sociales. Par sa dimension créatrice, la psychanalyse se rapprocherait ici plus d’un paradigme esthétique que scientifique.

3Emmanuel Martin s’intéresse à la violence inhérente au lien social, à l’échange et au don. Mobilisant Lacan et Derrida, l’auteur montre comment, dans le structuralisme Lévi-straussien et dans les discours objectifs, la forclusion de la division du sujet mène, via le fantasme, à l’ethnocentrisme.

4Omer Moussaly, propose un panorama des relations entre neo-marxisme et psychanalyse en mobilisant, Reich, Marcuse, Gramsci et Laclau. Complétant les développements de ce dernier, l’auteur invite à réfléchir sur les rapports entre lien social, politique et vie psychique.

5Daniela Godoy et Miguel Bairrão analysent les concepts de structure et d’inconscient chez Lacan et Lévi-strauss. Ils montrent comment la notion lacanienne de sujet et la négativité qui lui est intrinsèque débouchent sur des positions épistémologiques antagonistes.

6Thamy Ayouch pose la question de l’attitude des psychanalystes envers les homosexualités et les transidentités. Il épingle « l’injure diagnostique » et propose que le débat s’instruise d’une anthropologie de la psychanalyse, afin d’étrangéiser cette dernière, de lui faire renoncer à toute psychopathologie et de rester au plus près des processus de subjectivation.

7Dans la même veine, Maria Fernanda Salvadori Pereira développe une étude anthropologique autour du diagnostique de dépression infantile dans le système de santé publique brésilien. Dialoguant avec l’anthropologie médicale et reprenant nombre d’études produites depuis les années 1970, elle offre une réflexion sur l’enfance et propose des alternatives aux méthodes actuelles.

8Le présent numéro compte aussi des contributions qui participent aux débats sans pour autant céder sur la description ethnographique. Le désir du chercheur, sa relation avec l’Autre, les effets heuristiques et méthodologiques de la subjectivité, s’y articulent, parfois avec humour. Bertand Pulman, suivant la loi de l’autonomie du signifiant, décrit un « vrai terrain » : celui de Rolland Garros, qui, entre investissements libidinaux, morphologie sociale et mythologie, nous amène sur le terrain de la langue, où des corps peuvent produire, à la limite de la perfection, de vrais ac(t)es.

9Mariana Leal de Barros étudie la transmission psychique générationnelle à partir d’observations et d’entretiens réalisés dans une communauté pratiquant l’Umbanda. Jouant avec le panthéon des entités propres à cette forme religieuse, une pratiquante donne à voir comment l’accession à la fonction de Mère de Saint s’est doublée d’une élaboration singulière de la féminité. Fábio Scorsolini Comin s’inscrit lui aussi dans le champ de l’ethnopsychanalyse. Il présente une description franche et ouverte autour de son vécu de chercheur avec des médiums de l’Umbanda et invite à réfléchir sur la « place du chercheur ».

10Aline Souza Martins, Andréa Máris Campos Guerra et Luiz Gustavo Gonçalves Canuto réalisent une recherche-intervention d’orientation psychanalytique avec des jeunes pris dans la criminalité liée au trafic de drogue. Les auteurs décrivent la « guerre du trafic » à partir du principe de réciprocité lévi-straussien, tout en rendant perceptible une possibilité subjective subversive, qui offre un vecteur de sortie du trafic de drogue et de la criminalité.

11Enfin, nous avons le plaisir de publier un débat qui s’est invité dans ce numéro. Charles-Henry Pradelles de Latour engage une réflexion sur les thérapies traditionnelles en pays Bamiléké en montrant comment la guérison dépend, semblablement à la cure analytique, d’un changement de registre discursif. L’auteur reprend ici quelques développements de son dernier livre, qui marquera probablement l’histoire des rapports entre anthropologie et psychanalyse. Carina Basualdo, en s’appuyant sur ses propres recherches sur la rencontre épistémologique ratée entre Lévi-Strauss et Lacan, propose une lecture critique de cet ouvrage. Pour ce faire, elle pose les jalons d’une autre conception des rapports entre l’inconscient et le social. Charles-Henry Pradelles de Latour fait enfin usage d’un « droit de réponse » à cette critique, en revenant sur les points centraux du désaccord : les questions liées à l’échange, à la dette et à la différence des sexes.

Antropologia e psicanálise : debates e práticas

12A chamada de artigos deste número (cf. rubrica do lado) apresentava-se como uma provocação. No título L’inconscient freudien : « en-trop-au-logis » du corps ?, afirmávamos duas ideias que revelavam um impasse. De um lado, dizíamos que com a descoberta do inconsciente, a psicanálise já realiza uma antropologia do corpo há mais de cem anos. Por outro lado, esse título supunha que ao manter a psicanálise à distância, a antropologia arriscava o paradoxo de se preservar da alteridade. Apontando alguns mal-entendidos e desencontros entre as duas disciplinas nossa provocação convidava as pesquisadoras e os pesquisadores que utilizam a psicanálise para pensar a vida humana a testemunhar suas reflexões e práticas. Antes de apresentar rapidamente o conteúdo deste número, nós gostaríamos de agradecê-los não apenas pela riqueza, qualidade e diversidade dos manuscritos, mas também pela boa-vontade e generosidade com que cada um(a) colaborou neste trabalho coletivo. Também agradecemos aos pareceristas e aos autores cujos textos não puderam ser publicados.

13Miguel Bairrão propõe uma reflexão a respeito das práticas etnográficas e psicanalíticas que se inscreve num debate profundo sobre os mecanismos da linguagem desvelados por Freud e relidos por Lacan. O autor centra sua atenção sobre o não-saber na relação com o Outro e as consequências metodológicas envolvidas num estudo etnográfico. Françoise Jandrot retoma a discussão de um outro ângulo, respondendo à provocação do título da chamada por uma outra provocação. A autora chama atenção para os impasses que implicam a perspectiva de uma psicanálise integrada às ciências sociais. Por sua dimensão criadora, a psicanálise se aproximaria mais de um paradigma estético que científico.

14Emmanuel Martin interessa-se pela violência inerente ao laço social, à troca e à dádiva. Mobilizando Lacan e Derrida, o autor apresenta como, no estruturalismo lévi-straussiano e nos discursos objetivos, a foraclusão e a divisão do sujeito leva, via fantasia, ao etnocentrismo.

15Omer Moussaly, propõe um panorama de relações entre o neo-marxismo e a psicanálise mobilizando Reich, Marcuse, Gramsci e Laclau. Aprofundando-se nas teses deste último, o autor nos convida a refletir sobre as relações entre laço social, política e vida psíquica.

16Daniela Godoy e Miguel Bairrão analisam os conceitos de estrutura e inconsciente para Lévi-Strauss e Lacan, destacando como a noção lacaniana de sujeito e da negatividade que lhe é intrínseca repercutem em posições epistemológicas antagônicas.

17Thamy Ayouch questiona a atitude de psicanalistas a respeito da homossexualidade e das transidentidades. Ele elege como ponto de discussão e crítica o « insulto diagnóstico », propondo para tanto, uma antropologia da psicanálise à fim de « estrangeirizá-la » e fazer com que renuncie a qualquer psicopatologia em benefício do estudo das subjetivações.

18Em sintonia, Maria Fernanda Salvadori Pereira desenvolve um estudo antropológico acerca do diagnóstico de depressão infantil no sistema público de saúde, dialogando com a antropologia médica e compilando estudos sobre o tema desde a década de 70 . A proposta é articular com esta discussão uma reflexão sobre a infância e apresentar propostas alternativas ao modelo vigente.

19O presente número conta também com contribuições que dialogam com estes debates, mas também beneficiam-se de descrições etnográficas. O desejo do pesquisador, sua relação com o Outro, seus efeitos heurísticos e escolhas metodológicas surgem, inclusive, com humor. Bertand Pulman, seguindo a lei da autonomia do significante descreve um « verdadeiro campo » : o campeonato de Rolland Garros, que, entre investimentos libidinais, morfologia social e mitológica, nos leva ao campo da língua, onde corpos podem produzir actos (“ac(t)es”) no limite da perfeição.

20Mariana Leal de Barros discute a transmissão psíquica geracional na trajetória de uma mãe-de-santo de umbanda, que, por meio dos espíritos da comunidade, elabora tanto a assunção do seu cargo quanto a sua própria feminilidade. Trata-se de um trabalho de viés etnopsicanaítico, assim como o de Fábio Scorsolini Comin, o qual nos oferece um relato franco e aberto acerca da sua vivência na pesquisa com médiuns de umbanda, experiência que o leva a refletir sobre o ‘lugar do pesquisador’.

21Aline Souza Martins, Andréa Máris Campos Guerra e Luiz Gustavo Gonçalves Canuto, realizam uma pesquisa-intervenção de orientação psicanalítica com jovens envolvidos na criminalidade. Os autores discutem a “guerra do tráfico” a partir do ‘princípio da reciprocidade’ de Lévi-Strauss e apresentam-nos como, em articulação com uma leitura psicanalítica, é possível perceber o caráter subversivo que engendra o tráfico como “sistema de vida”.

22Finalmente, nós temos o prazer de publicar um debate nascido neste número. Charles-Henry Pradelles de Latour desenvolve uma reflexão sobre as terapias tradicionais entre os Bamileke da República dos Camarões. Apresenta-nos que a cura entre eles, assim como na psicanálise, depende de uma transformação discursiva. O autor retoma algumas elaborações de seu último livro, o qual irá, provavelmente, constar na história de relações entre a antropologia e a psicanálise. Carina Basualdo, apoiando-se em suas próprias investigações sobre o desencontro epistemológico entre Lévi-Strauss e Lacan, propõe uma leitura crítica da obra de Pradelles de Latour. Para isso, ela expõe as balizas de uma outra concepção das relações entre o inconsciente e o social. Charles-Henry Pradelles de Latour, assim, solicita-nos um « direito de resposta » a esta crítica, remetendo-se às questões centrais que ambos entram em desacordo : as ideias ligadas à troca, á dívida e à diferença de sexos.

Citation   

Mariana LEAL DE BARROS et Romain BRAGARD, «Présentation / Apresentação», Cultures-Kairós [En ligne], paru dans Les numéros, mis à  jour le : 19/09/2015, URL : http://revues.mshparisnord.org/cultureskairos/index.php?id=1128.

Auteur   

Quelques mots à propos de :  Mariana LEAL DE BARROS

Mariana LEAL DE BARROS (Universidade São Paulo)

Quelques mots à propos de :  Romain BRAGARD

Romain BRAGARD (Universidade Federal do Ceará)